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  • loudebergh

Borgo Vecchio, Giosuè Calaciura.


Ce petit roman est une merveille, un joyau, une perle.

De la poésie à l’état brut.

Une myriade d’instants de grâce et de douleur réunis à l’intérieur de quelques 150 pages.


Une kyrielle d’émotions comme on n’en lit que trop rarement,

Un sentiment de trop-plein, et de trop peu aussi,

Une tristesse immobile, une joyeuse intranquillité.

C’est une fin comme on n’en a jamais lue.

Des mots qui gravitent au-dessus de nos têtes avec la légèreté des nuages et s’enfoncent à l’intérieur de nos peaux dans le calvaire des clous.

C’est la Beauté et l’Horreur unies dans le plus atroce des drames,

La brûlure infinie de la trahison,

Et la splendeur des aubes chaque jour renouvelées.

Mimmo et Cristofaro sont amis à la vie à la mort, camarades de classe et complices d’école buissonnière. Cristofaro qui, chaque soir, pleure la bière de son père. Mimmo qui aime Celeste, captive du balcon quand Carmela, sa mère, s’agenouille sur le lit pour prier la Vierge tandis que les hommes du quartier se plient au-dessus d’elle.

Tous rêvent d’avoir pour père Totò le pickpocket, coureur insaisissable et héros du Borgo Vecchio, qui, s’il détrousse sans vergogne les dames du centre-ville, garde son pistolet dans sa chaussette pour résister plus aisément à la tentation de s’en servir. Un pistolet que Mimmo voudrait bien utiliser contre le père de Cristofaro, pour sauver son ami d’une mort certaine.

« Il affronta son délire de rage et de larmes en affûtant son couteau selon la pente de ce désespoir, il le passait sur la meule comme pour se faire plus mal en imaginant le sein lumineux de Carmela et la lame qui le déchirait, en imaginant la pleine lune des fesses défigurée par la balafre comme le sillage d’une étoile filante, en imaginant la tiédeur de la gorge parfumée de lait où le sang gargouillait. »

Sous nos yeux, un livret d’opéra.

Tout y est : la violence, la beauté, le bien et le mal se mêlant magistralement pour nous tenir en haleine jusqu’au grand final.

Il y a ce quartier de Palerme où l’on vit de larcins, de débrouille et de prostitution, où les descentes de police relèvent plus du jeu que d’autre chose – du moins le croit-on -, où les animaux vivent et meurent comme les hommes, dans la souffrance et l’oubli.

Il y a ces femmes qui subissent, ces hommes qui châtient, et ceux qui sauvent, il y a des prêtres qui volent des calices dorés et des gamins qui luttent pour une enfance refusée.

Il y a des bleus, sur les bras, sur les jambes, sur le ventre.

Des bleus à l’âme aussi.

Il y a du désespoir et des rires, des fraudes, du combat, de l’espoir et de la lâcheté.

« Il les terrorisait en les dégoûtant avec des promesses d’amour rapide et violent là, sur place, il les caressait de sa main tenant le pistolet jusqu’au moment où il arrivait à la sécrétion incomparable des porte-monnaie. Totò le voleur s’évanouissait avec le parfum du pain dans l’obscurité du porche, les laissant vidées et trahies, les joues traversées d’une cicatrice de maquillage qui suivait la pente de leurs larmes. »

Mais il y a surtout une Ecriture qui nous transporte dans un ailleurs aussi sublime qu’inconnu.

Des mots sortis tout droit des entrailles de la Terre,

capables d’embrasser notre cœur avec la puissance des serres de l’aigle corsetées autour de sa proie,

de nous clouer sur place,

et de loger au coin de notre œil, la plus fragile des larmes.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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