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  • loudebergh

Bret Easton Ellis et les autres chiens, Lina Wolff.


Voilà un roman envoutant. Enigmatique et mystérieux.

On y entre, comme dans une danse.

Tantôt endiablée, tantôt solennelle,

Parfois effrénée, souvent langoureuse.

On y entre sans trop savoir qui du début, qui de la fin,

Doucement, à pas de velours, sur le bout de nos chaussons,

Avant de caracoler, toutes voiles dehors, sur une succession de croches déchaînées.

On ne sait pas où nos pas nous mènent,

A l’autre bout de la salle ou de l’autre côté de la vie,

On ne sait rien mais l’on s’en moque.

Car on danse comme si c’était la dernière fois,

que nos pieds endoloris nous portent sans tressaillir et sans frémir,

que nos bouches sourient à s’en décrocher la mâchoire,

et que nos fronts perlent de la plus salée des sueurs,

sur les frémissements d’une nuit étoilée,

infinie, tumultueuse.

La maison Gallimard présente Bret Easton Ellis et les autres chiens de Lina Wolff ainsi :

Dans un immeuble de Barcelone, Araceli, une jeune étudiante en traduction, fantasme la vie de sa voisine du dessous. A peine trente centimètres de poutre les séparent, pourtant il lui paraît bien difficile de percer le mystère d’Alba Cambò. Ecrivaine, elle semble rayonner d’une aura magnétique, attirant dans sa toile tous ceux qu’elle rencontre.

Un peu dingue, débordant d’un humour caustique, voire cruel, ce roman foisonnant met en scène des personnages qui ne cessent de se faire maltraiter. Tous gravitent autour d’Alba Cambò, omniprésente et pourtant insaisissable, le cœur battant de ce tourbillon littéraire. En équilibre précaire, Araceli et les autres se meuvent dans ce monde grotesque et brutal qui questionne sans relâche la place des femmes dans les lettres.

A travers une prose simple et incisive sous l’influence de la Littérature sud-américaine, Lina Wolff secoue son lecteur, exposant au grand jour les rouages du système patriarcal. Ecrit avant Les amants polyglottes, ce roman est celui de la liberté et de l’euphorie.

Et je ne peux que souscrire.

Mais c’est avant tout sur l’extrême originalité de ce livre que j’aimerai revenir. J’ai lu, à droite à gauche, que beaucoup le trouvait insaisissable, difficile à appréhender, fugitif somme toute. C’est une critique que je peux entendre mais que je ne partage pas pleinement. S’il a effectivement un petit côté caméléon, j’ai trouvé qu’il était extrêmement aisé de plonger entre ses pages et de s’y enfoncer entièrement.

Mais, et c’est là que se révèle toute sa fraicheur, alors que l’on pensait évoluer dans les eaux apaisées d’un lac opalescent, c’est soudainement dans les flots tumultueux d’un torrent de montagne que nous nous retrouvons. Puis, quelques secondes plus tard à peine, nous voilà balancés par le ressac salé d’une mer agitée, avant de flotter à nouveau sur les rythmes binaires d’une marée noircie par le soir.

On ne sait jamais vraiment où l’on est, somme toute, et pourtant, impossible de détacher ses yeux de ses pages somptueuses et terriblement incisives !

« D’un autre côté, s’ils doivent passer trop de temps en compagnie de filles jeunes, ils s’ennuient affreusement, bien sûr. Une fois l’exercice physique terminé, ils ne savent pas de quoi on pourrait parler. Et ils sont très déçus quand on ne montre pas le respect qui convient à leurs monologues mangés aux mites sur des écrivains encore plus vieux qu’eux, des parties de pêche fabuleuses et des matches de foot historiques. Leur vient alors la nostalgie d’un autre genre de femme, de celles qui ont appris l’indispensable technique de survie : avoir l’air d’écouter attentivement tout en pensant à autre chose. Alors ils comprennent que ce qu’ils désirent, au fond d’eux-mêmes, ce n’est pas une rose délicate mais une solide plante en pot. »

L’écriture de Lina Wolff m’a fait l’effet revigorant d’une pluie battante au cœur d’un été trop chaud. Parfois crue et désillusionnée, souvent sombre voire noire, toujours féministe et fantasque, je l’ai trouvée d’une justesse implacable tout le long du roman.

Capable de nous entrainer où elle le souhaitait en moins de temps qu’il n’en fallait pour tourner une page.

Un rythme remarquable caractérise également Bret Easton Ellis et les autres chiens qui pourtant ne présente ni réel début, ni réelle fin, pas de scénario très construit, pas de morale ni de vraie leçon de vie. Rien de rassurant.

Juste un foisonnement de mots et d’histoires d'un cynisme exaltant que l’on ne parvient pas à lâcher.

« Je ne les quittais pas des yeux. C’était comme si j’avais vu l’incarnation d’une relation heureuse, non pas entre deux individus jeunes et éclatants de santé, mais entre deux êtres qui avaient partagé tout une vie ou presque, qui s’y étaient trouvés bien, qui savaient que le quotidien constitue une protection et non une menace. »

Je ne peux que vous recommander d’y plonger la tête la première et de vous laisser submerger. L’expérience a de quoi se montrer vivifiante,

et un rien dérangeante!

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

loudebergh@gmail.com