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  • Photo du rédacteurloudebergh

L'exception, Audur Ava Ólafsdóttir.


Je me sentais incapable, ce soir-là, d’écrire autre chose que des platitudes. J'étais épuisée. Sur les rotules, comme on dit. Là-haut, dans la salle de bain, la radio hurlait à pleins poumons, achevant de détricoter les dernières mailles de la concentration que je tentais de capturer. Mes deux filles avaient beau être enfin couchées, mon cerveau ne parvenait pas à dénouer l’écheveau que constituerait la journée prochaine ni comment parvenir à la mener jusqu’au bout sans envoyer tout bouler.

Et comme les deux ou trois autres jours précédents, je comptais bien remettre l'écriture de cette chronique au lendemain.

Ce soir-là pourtant, je me suis dit qu’en continuant ainsi, c’est à Noël que je l’écrirai ce billet. Il y aura eu, entre temps, des dizaines d’autres romans, des centaines d’autres émotions, et celles liées à L’exception auront été balayées depuis longtemps.


Aussi je m’y attelle. Lentement, en courbant la tête et puis l’échine, accablée sous le poids de la nuit qui m’étreint.

Et j’écris que les mots d’Audur Ava Ólafsdóttir (Rosa Candida, Le Rouge vif de la Rhubarbe, Ör, Miss Islande, La Vérité sur la lumière - tous lus, tous adorés) sont comme des fleurs dans un champs que l’obscurité enivre, des cailloux brillants semés sur un par-terre de lave, des coquillages mordorés bercés par le ressac. J’écris qu’ils sont purs et doux. Qu’ils réparent et sauvent. Qu’ils sentent bon l’embrun et la rosée du matin, le beurre fondu et les espoirs incertains.

Ils sont ce que tout un chacun pourrait rêver de mieux pour étourdir son cœur avant la nuit noire, balayer les cauchemars qui s’amoncellent sous les fronts, effacer les douleurs qui broient les pieds et gonflent la gorge.

J'écris que Personne ne devrait passer à côté d’eux.

Vous m’entendez?

Personne.

*


Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, María n’entend pas ce que son mari lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. La voilà confrontée au grand vertige de la séparation. Heureusement, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt. Comme les lutins des sagas, Perla surgit à tout moment pour secourir la jeune femme sidérée, dont les mésaventures inspirent étrangement le traité sur le bonheur qu'elle est en train d'écrire.

Avec L’Exception, on s’amuse des mœurs de la société islandaise à travers des personnages bousculés par le sort qui se jouent de toutes les drôleries de l'inconstance humaine.


*


« Flóki est moi, nous relayions parfois pour occuper séparément les enfants. Quand je suis seule avec mon fils, deux cubes suffisent à le distraire. Pour sa sœur, en revanche, il ne faut pas moins de toute une ferme remplie d’animaux, une grange, une étable, de la main-d’oeuvre et des liaisons routières - tout un bonheur champêtre en plastique jaune dans la moitié du salon. »


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