Rechercher
  • loudebergh

L'Ode et le Requiem, Maeva Christelle Dubois.


Je n’aurais très certainement jamais lu L’Ode et le Requiem si Les Editions Romann ne me l’avaient pas envoyé voilà quelques semaines maintenant. C’est là toute la magie de se retrouver sur la liste des bloggeurs littéraires auxquels les maisons d’édition envoient leurs manuscrits : découvrir le matin dans sa boîte aux lettres une pile de livres à côté desquels on serait très certainement passé sans même s’en rendre compte.


Aussi, lorsque les jeunes Editions Romann, installées à Montreux, m’ont envoyé leurs quatre premières parutions, j’en ai conçu une immense joie. Etant moi-même artisane, j’ai pour le localisme un penchant plus que marqué, et ai été enchantée de découvrir qu’une nouvelle maison d’édition prenait ses quartiers non loin de chez moi, au bord du Lac Léman.


Des quatre ouvrages envoyés, j’ai commencé par L’Ode et le Requiem de la jeune primo-romancière Maeva Christelle Dubois, inspirée par la délicatesse de sa première de couverture doublée d’un résumé engageant. Les premières pages m’ont transportée. Elles m’ont décollé les pieds du sol dans lequel j’avais pris racine pour m’emmener dans les contrées enneigées de ce qui m’apparaissait alors comme le début d’un conte enchanteur.


Kenshi, jeune comédien mû par l’irrépressible désir de dépasser sa propre insignifiance, éprouve une fascination maladive pour la Mort dont il refuse le caractère inéluctable. Dévoré par son arrogance, il s’exile sur les terres quasi désertiques de la région de l’Albe. Dans ce haut lieu de blancheur et de désolation, à deux pas de la montagne éternelle dont les cimes frôlent l’éther, il tente d’apprendre, au fil des saisons, le silence et l’oubli. Son séjour est troublé par l’arrivée d’une violoniste qui lui joue un requiem d’une cruelle beauté. Il se pourrait qu’il trouve, à son contact, une manière de répondre à son insatiable besoin de grandeur.


Sur le papier, tout va pour le mieux dans le meilleur de mondes. L’idée de me retrouver plongée dans une contrée frôlant l’irréalité, baignée dans un temps incertain et entourée de personnages essentialisés me plaisait. Mais voilà - et c’est là que le bât blesse, j’ai très vite dégringolé de mes cieux évanescents.

Je précise ici que je n’ai absolument aucun désir de faire une critique négative (je serais bien incapable d’écrire le quart de ce que Maeva Christelle Dubois a écrit) ; j’aurais adoré rédiger une chronique dithyrambique et faire l’éloge de L’Ode et le Requiem. Et je souhaite absolument continuer à soutenir les jeunes auteurs et les nouvelles maisons d’éditions de la région. Ce que je dis n’engage donc que moi : je suis certaine que nombre d’entre vous trouveront leur compte entre les pages de ce joli roman, mais je dois avouer que cela ne fut malheureusement pas mon cas.


Malgré la richesse indéniable du vocabulaire utilisé, quelques très belles phrases et délicieuses idées, malgré la capacité de l’auteure à nous planter dans un décor superbe et audacieux et plusieurs jolies trouvailles scénaristiques, je suis restée de marbre tout au long de ma lecture, aucune émotion ne m’a traversée. J’ai été gênée par son côté scolaire, « sage », sans prise de risque aucune. Le récit m’a paru plat, trop descriptif (tout est raconté, dit, écrit, rabâché, ne laissant aucune place aux merveilles de l’évocation) et les personnages principaux (dotés de noms sonnant faux ne cadrant pas du tout avec l’histoire) sans relief et prévisibles. J’ai enfin trouvé les dialogues répétitifs, moralisateurs et attendus, bien loin de ce que les premières pages nous avaient annoncé. J’ai néanmoins été séduite par la fin du roman, empli de poésie et ruisselant de Beauté. N’était-ce pas ce que Maeva Christelle Dubois cherchait après tout ?


« Le spectacle était d’une saisissante beauté : un chant, un tableau, une œuvre magistrale. Le lendemain, à l’aube, une blancheur inhumaine et féroce avait infesté le Hameau et les plaines, tapissant l’Albe de tout un éclat sublime. La Nivéale, douloureuse, irradiait le regard. Immaculée au-delà de toutes les attentes, elle était d’une hauteur indescriptible. Elle surplombait à nouveau son empire : l’empire de l’hiver. La petite tâche noirâtre qu’était le train du vendredi matin, presque invisible depuis le plateau rocheux du Hameau, avait eu toutes les peines à se mouvoir jusqu’à la station. La machine y était arrivée très en retard, puis elle était repartie sans vacarme, comme si elle s’était à son tour tue devant l’évidente somptuosité de ce paysage nouveau. »


Une déception donc de mon côté et une chronique qui, je le conçois, peut être dure. Mais ces opinions sont miennes encore une fois, et j’engage tout un chacun à découvrir ce premier roman,

s’en emparer,

se laisser toucher par lui peut-être

et me contredire surtout,

parce que c’est aussi pour cela que j’écris.

0 vue

© 2023 by The Book Lover. Proudly created with Wix.com

Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

loudebergh@gmail.com