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  • loudebergh

La langue des bêtes, Stéphane Servant.


Il y a, dans les livres, toute la sagesse du monde.

Ses peurs et ses mystères,

ses doutes et ses jubilations.


Il y a, coincé entre leurs pages, des histoires et des vérités,

Des passions et des dévotions.


Il y a de quoi faire gonfler le cœur,

enrichir l’âme,

et remplir le corps.


Il y a tout ce dont nous avons besoin pour vivre, aimer et souffrir.

Éviter le pire. Et rêver.

Respirer, nous nourrir, habiller notre regard et puis nos membres.

Les recouvrir d’un manteau de dignité.


Les histoires qui habitent leurs pages font des bêtes que nous sommes des survivants inspirés. Des poètes sur le fil, des apprentis éternels.

Et cette histoire, celle de La langue des bêtes de Stéphane Servant, est parmi les plus belles qu’il m’ait été contées.


*


Il était une fois un vieux chapiteau de cirque à l’orée d’une forêt sombre et profonde : c’est là que vit Petite avec sa famille, une ancienne troupe de saltimbanques. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle, mais ils tissent autour de la gamine un cocon protecteur d’histoires et de légendes.

Un jour, un chantier gigantesque vient tout bouleverser : le campement va être rasé et la Petite est envoyée à l’école du village. Elle va alors faire appel aux forces obscures de la forêt pour tenter de sauver les siens.


*


La langue des bêtes est une fable envoutante, touffue et intrigante, mettant en scène des personnages justes et profonds. Emplis d’espoirs et de défaites.

Elle se plait à nous faire louvoyer, à nous égarer dans ses méandres, et nous laisser mijoter. On ne sait pas toujours où se trouve la frontière entre le rêve et la réalité, le fantasme et la fiction, mais on le sait, on touche du doigt la Vérité. Celle de l’émotion, du ressenti, du sentiment.


Au travers du regard décalé d’une enfant sauvage, fille d’une funambule et d’un ogre, elle nous invite à croire à la magie des histoires.

La langue est douce et poétique, heurtée et fragile, passionnée et rude. Elle dit la tristesse et la folie, la marge et le dedans, la rage et le désespoir, la grandeur des songes et des récits.

Elle dit avec les mots du réel et ceux de l’enfant, doux, incertains, les troubles du monde et la faiblesse des hommes.


La langue des bêtes pense les cœurs et panse les âmes.

Elle libère les oiseaux enfermés dans nos thorax

et dépose une once de magie sur nos fontanelles,

sur nos tout petits ciels et sur nos longues nuits.


« Ouais, c’est ça. Archaïques. Non, là-bas, il n’y a pas de place pour nous. La Ville n’accepte que ceux qui ont les mots pour la dire et les jambes assez grandes pour la suivre. La Ville, c’est pas pour ceux qui n’ont que des yeux. Ceux-là, elle les avale. Avec un peu de chance, elle te recrache plus loin. Là où elle vomit ce qu’elle peut pas digérer. Là où les murs sont plus hauts que le ciel. Dans des labyrinthes de béton. Avec des néons pour seuls soleils. Et des pots où tu peux faire mourir lentement des plantes vertes. Et putain, s’emporte soudain Major Tom, comme si une blessure s’était rouverte en lui, putain, si tu insistes, si tu reviens vers elle comme un chien affamé, à moitié dingue, avec les crocs ou avec la queue entre les jambes, peu importe, elle te brise les doigts et les dents, elle te met en cage, elle branche ton cerveau sur des machines et elle aspire tes rêves et ta colère puis elle te gave de pilules de toutes les couleurs et les pilules deviennent l’unique arc-en-ciel que tu verras jamais. »


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