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  • loudebergh

Le goût des garçons, Joy Majdalani.


Le goût des garçons de Joy Majdalani n’a pas grand-chose du roman. Il s’apparenterait plus au texte libre ou à l’essai. Son objet : le désir des filles qui ne se cachent pas d’en avoir, l’apprentissage d’une sexualité interdite et les fantasmes adolescents.


*


Les Éditions Grasset présentent ainsi l’œuvre :

Elles sont « de bonnes famille ». « Bien élevées ». Collégiennes dans un établissement strict. Elles n’ont que le désir en tête. La narratrice, qui a treize ans, rêve des garçons, de leur sexe, de faire l’amour avec eux. Elle s’allie à la terrible Bruna, rivale et confidente, qui sait dénicher sur internet les garçons avec qui s’adonner à des conversations téléphoniques interdites. Bruna lui tend un piège où elle tombe avec naïveté. Qu’importent les fâcheux qui la traitent de putain ! Il lui faut goûter, goûter aux garçons.


*


C’est un texte qui ne se cache pas derrière son petit doigt.

Il se drape dans une langue délicieusement crue, seule capable de dire ce qui est :

les ragots, et les légendes,

les ignorances les plus crasses et les peurs partagées,

les élans et les erreurs,

les embûches et les alliances, délétères, sauvages.


Quelques heures suffisent à la lecture de cette brillante diatribe. On ne peut qu’être ébahi par la langue de son autrice – intelligente et incisive –, la finesse de son regard et la profondeur de ce qui s’y cache.

Sa narratrice, dont on suit les découvertes et les déconvenues avec une joie presque malsaine, nous émeut. Sa ténacité et ses obsessions nous troublent. Après tout, nous les avons un jour partagées. Toutes ou presque.

Nous avons juste oublié.


Si j’ai été quelque peu déçue par le dernier tiers de l’ouvrage qui s’éloignait de ses personnages pour se montrer plus « théorique », j’ai trouvé la réflexion passionnante. J’aurais peut-être aimé la voir s’incarner plutôt que de la lire scolairement, mais le « retour » de la jeune fille, le dernier chapitre venu, clôturait malgré tout magistralement le propos. Il y avait du panache dans ces dernières lignes, de l’audace et un brin d’effronterie.


Le tout donnait à ce court texte les couleurs de l’essentiel. De celui qu’il fallait avoir lu peut-être. Ne serait-ce que pour regarder sa propre jeunesse d’un œil neuf, d’en trifouiller les ténèbres et de se gargariser de ces égarements

parfois si vite oubliés,

et souvent à jamais inscrits dans notre chair.

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