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  • loudebergh

Le mangeur de livres, Stéphane Malandrin.


« Les livres sont vivants, ils se combinent à l’intérieur de votre corps et laissent exploser leurs mélodies en bulles invisibles qui chantent en vos papilles. »

On entre dans ce petit roman comme dans un gros gâteau sucré.

On lape amoureusement le glaçage qui enrobe le tout. On y enfonce sans ménagement une cuiller de belle facture. On observe, une à une, les miettes se répandre dans l’assiette et l’on enfourne le morceau dans notre bouche en un geste expert digne des plus fins gourmets.

Lorsque l’objet commence à fondre sur notre langue, nous nous trouvons désorientés. Légèrement inquiets. Un rien dubitatifs.

Alors seulement, les saveurs entament leur inexpugnable diffusion au coeur de notre palais ; les voilà embaumant l’admirable cavité, électrisant notre cerveau d’infimes décharges de dopamine.

Ca y est, nous sommes pris au piège. Nous n’avons d’autres choix que de passer à la bouchée suivante et continuer, page après page, à dévorer le succulent dessert qui nous a été servi. Pour notre plus grand bonheur.

« J’aime les bibles dont les feuilles sont minces, pliées dans le sens de l’échine, celles dont l’encre est appliquée directement sur leur matière même, et non sur le blanc d’œuf comme cela se fait parfois au risque de voir l’écriture se détacher ; j’aime les pages aux lettrines minérales et aux formes figuratives qui se prolongent dans les marges fourmillantes d’animaux et de monstres aux visages presque humains, j’aime les bouts de ligne aux formes géométriques, les spirales, les motifs végétaux. »

A notre service: Stéphane Malandrin qui pour son premier roman, nous propose l’histoire abominable et drôlatique du Mangeur de livres, un monstre à tête de veau né dans les rues de Lisbonne en 1488. Epaulé de son frère et meilleur ami, il force la porte des églises la nuit, et déchire les plus belles bibles pour les manger, les digérer et s’en sustenter jusqu’à la jouissance.

Il nous offre, aux dires des Editions du Seuil, « un hommage jubilatoire à notre amour frénétique des livres, des mots, et des contes de jadis ».

Une vraie petite pâtisserie, toute en sucre et en finesse, toute en joie et en dérision. Adar Cardoso nous entraine dans sa gloutonnerie avec un sourire débonnaire teinté d’une goutte de mélancolie. Une toute petite perle qui finira par mourir, heureuse, à la commissure des lèvres dudit monstre, une fois la dernière page entamée.

Mais en ce qui concerne tout ce qui précède la fin comme qui dirait, on patauge avec bonheur dans une générosité de la langue capable de faire pâlir le plus gargantuesque des François Rabelais et le plus enflammé des Jorge Luis Borges. Sous le soleil de Lisbonne, nous voilà aux côté d’Adar, tout de poils et de chair, déchirant les livres en deux par la reliure, arrachant les pages des cahiers, engloutissant les mots par portions de dix, mâchouillant les phrases, mastiquant les consonnes avec un plaisir non-dissimulé, bavant, reniflant, suintant de toute part dans « la grande prairie des livres ». Au bord de l’extase.

Pourquoi ? Vous le saurez bien assez vite, mais il me semble que les Parques, s'ennuyant, y sont pour quelque chose.

« Je les lèche, commençant par la corde de couture de la reliure, et j’aime sentir l’animal, j’aime deviner l’emprunte de ses veines, les tâches vitreuses, les nodosités, les traces de l’implantation de ses poils qui restent sur chaque feuille malgré le travail d’effleurage et de ponçage de l’artisan, jusqu’au goût des outils dont je sens le passage du bout de ma langue, par les traces de stries qu’ils laissent au moment du polissage. »

Déjà sans doute, vous pourléchez-vous les babines, et c’est tant mieux !

Le mangeur de livres est un petit roman qui ne demande qu’à être dévoré, par les plus belles dents du comté, les langues les plus avides et les papilles les plus souriantes.

Alors à votre cuiller, mes amis, et avec panache je vous prie !

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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