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  • loudebergh

Le procès de Spinoza, Jacques Schecroun.


Il y a quelque chose de magique à entamer un roman qui vous a été dédicacé.

Vous avez beau savoir que des dizaines d’autres blogueurs ont très certainement reçu le même livre, avec la même dédicace, la même semaine que vous, il y a une joie aussi immense qu’enfantine à voir votre nom ainsi qu’un petit mot inscrit à la plume sur la première page.

Mardi 4 avril déjà, vous aviez eu la surprise de voir s’afficher sur les hauteurs de votre boîte mail, un message de Jacques Schecroun vous demandant votre adresse postale. Trois jours plus tard, vous aviez entre les mains sa dernière parution : Le procès de Spinoza aux Editions Albin Michel.


Amsterdam, 1656. Dans la synagogue de la communauté hispano-portugaise transformée en tribunal, un très jeune homme est jugé pour hérésie et autres actes monstrueux. Il risque un bannissement à vie. Comment celui en qui tous voyaient un futur rabbin en est-il arrivé là ? Quelles rencontres ont pu le détourner d’une voie toute tracée ? Quel cheminement a été le sien pour passer d’un Dieu qui punit à un Dieu qui, ayant tout et étant tout, ne demande rien ?


Si je dois avouer ne pas avoir été emballée par l’objet en tant que tel – cette illustration ainsi que les typographies choisies rendent le graphisme de la couverture terriblement vieillot -, j’ai, dès les premières pages, été emportée.

Jacques Schecroun a ce talent de faire corps avec son sujet, de l’éplucher sous toutes ses coutures pour nous le donner à voir avec une maestria qui n’est pas à prouver. J’ai englouti les quelques 338 pages de cette exofiction en deux jours et croyez-moi, avec un bébé de 6 mois dans les pattes, la tête et le cœur, c’est une gageure.


Quelle joie de me retrouver projetée au cœur des débats philosophiques qui n’avaient plus fait frémir mon cerveau depuis les dissertations du baccalauréat, voilà près de dix ans!

Quel plaisir de me laisser emporter par la superbe et la rigueur de cette communauté juive installée dans la plus libre des villes d’Europe !

Quel bonheur de redécouvrir ce philosophe aussi brillant qu’inspirant !


J’ai souvent eu le sentiment de voyager dans le temps. J’ouvrais Le Procès de Spinoza à la page à laquelle je m’étais arrêtée quelques heures plus tôt et je me retrouvais immédiatement plongée dans mes plus jeunes années. Toute débordante de la joie de me glisser entre les pages et les ruelles d’un roman historique ressemblant fort à ceux dont je raffolais adolescente.


Alors vous l’avez compris, ce livre m’a beaucoup plu. Pourtant, je me permets de peindre une légère ombre sur la terre battue du tableau jusqu’ici dressé. Si le procès dont Spinoza fut l’objet souligne, aujourd’hui encore, la modernité de sa pensée et l’actualité de la question de la liberté d’expression, je confesse avoir été quelque peu déçue par le côté « assez peu moderne » de la narration, ses courts chapitres que j'ai trouvés parfois un peu feints et par la langue quelques fois trop scolaire et descriptive de son auteur.

J’ai néanmoins décidé de ne pas m’étendre sur ces points tant il est clair que cela n’a en rien entravé le plaisir de lecture qui a été le mien ces deux jours durant.


Et comme il est bon de méditer et de donner à méditer une phrase qui nous a parlé,

de la faire rouler dans notre bouche

et grandir dans notre esprit, je vous laisse sur ces mots :


« Ne nous appartient-il pas d’inclure au lieu d’exclure ? De voir en l’autre une possible richesse et, avant cela, de regarder au plus profond de nous ce qui nous dérange en lui ? ».


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