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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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Les dernières heures, Minette Walters.


J’entre très régulièrement dans les librairies, deux ou trois fois par semaine au moins, parfois plus. Je tente de me restreindre, je serais bien capable d’y dépenser l’argent que je n’ai pas.

Chaque fois, j’ai l’impression qu’un nombre incalculable de livres a paru depuis ma dernière visite et j’en conçois une immense frustration.

Je caresse la couverture de tous ceux que je m’apprête à délaisser, me penche sur leur résumé et interroge le libraire à leur sujet. Puis je m’en vais, un peu triste d’abandonner ces petits êtres de papier, mais bien décidée à en adopter un nouveau lors de ma prochaine venue.


Parfois, les livres viennent à moi tout seuls, sans même que j’y puisse mot dire. Ce fut le cas pour Les dernières heures de Minette Walters – expédiées voilà quelques semaines, par les Editions Robert Laffont - et je dois bien avouer qu’elles n’auraient jamais pu entrer dans le club des livres qui me regardaient du coin de l’œil l’air satisfait, lorsque je quittais la librairie, connaissant ma frustration et sachant pertinemment que jamais je n’aurais le temps de tous les effeuiller.

Les dernières heures elles, intègrent haut la main, l’équipe des romans dont on pourrait tout à fait se passer, encombrant les librairies au même titre que la centaine de romans de développement personnel paraissant chaque année.


Malgré une silhouette alléchante préfigurant des heures de lecture délicieuses, une couverture soignée et attirante et un résumé relativement tentant, Les dernières heures de Minette Walters, grande dame du polar anglo-saxon, furent pour moi un pensum. En en entamant la lecture, je pensais toucher du doigt mon adolescence, fascinée que j’étais alors pour les grandes fresques historiques : je m’imaginais cachée sous ma couette, armée de ma lampe de poche, incapable de fermer l’œil avant d’avoir découvert la fin.

La déception fut grande. Mois de juin de l’an 1348 : une épidémie de peste s’abat sur le Dorset et décime peu à peu ses habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d’atroces souffrances. Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l’audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

C’est assez mince, il faut l’avouer, mais cela aurait pu préfigurer une belle intrigue, passionnante, documentée et touffue.


Rien de cela néanmoins. Les éléments de nature historique relèvent plus du grotesque et de l’anecdotique que d’autre chose et outre la peste noire qui s’abat alors sur toute l’Europe, le roman est construit dans un vase clos. L’intrigue aurait aussi bien pu se dérouler au Japon dans les années 40 que dans la France de l’après-guerre ! Aucun intérêt donc à la placer au cœur du XIVème siècle anglais. Et bien qu’il ne soit pas nécessaire de faire entrer un roman historique dans un cadre définitivement réaliste, il est de bon ton de l’intégrer dans un cadre tout de même, quel qu’il soit. Sinon, on n’écrit pas de roman historique !

Les personnages, superficiels et ultra-caricaturaux, ne rattrapent rien. Lorsque deux femmes, l’une dotée de toutes les qualités morales (Lady Anne) et l’autre, une pimbêche écervelée (Lady Eleanor) s’opposent, on ne peut qu’obtenir des dialogues plats et attendus.


On s’ennuie dans ce roman comme semblent s’ennuyer les personnages, coincés dans un manoir alors que les réserves s’amenuisent, prêts à tout pour passer le temps. Il y a bien un cadavre mais même avec cela, l’histoire ne décolle pas. On s’englue dans le trop-vu, le trop-lu, le trop cuit somme toute. Les pages se suivent et se ressemblent sans faire naître le moindre intérêt chez le lecteur, la moindre émotion. On nous a vendu un page-turner haletant, je n’en ai pas vu la couleur. Que du lisse, du plat, du sans intérêt…et des poncifs au sujet du monde médiéval à n’en plus finir !

Comme quoi, il ne suffit pas de camper son intrigue dans un Moyen-âge haut en couleur (si tant est que celui-ci le soit) pour faire du Ken Follet.

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