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  • loudebergh

Les raisins de la colère, John Steinbeck.


Je crois n’avoir jamais lu une dernière page de roman aussi saisissante !

Aussi ahurissante de grâce, de grandeur et de puissance.

Une dernière page capable de déplacer les montagnes,

d’installer l’Atlas au fin fond du Texas, et la Cordillère des Andes dans les plaines arborées de Californie.


Mais si ces lignes couvent en leur sein toute l’infinité du monde, tout son amour, tout son désespoir, c’est qu’elles se révèlent être le couronnement d’un roman exceptionnel.


Un roman forgé quelques années après l’une des périodes les plus sombres que les Etats-Unis aient connue : La Grande Dépression.

Le 24 octobre 1929 a lieu, à New York, l’un des krachs boursiers les plus importants de l’Histoire : une gigantesque bulle spéculative éclate, les défauts de remboursement se comptent par centaines et les banques font faillite les unes après les autres. Impossible de renverser la tendance, le pays ne compte plus assez de liquidités. La production industrielle baisse de moitié entre 1929 et 1933, le chômage ouvrier augmente drastiquement et on considère que deux millions d’américains sont sans-abri lorsque Roosevelt arrive au pouvoir. Les populations rurales meurent de faim et les grèves se multiplient dans tout le pays.

À ce contexte apocalyptique s’ajoute une effroyable sécheresse qui affecte tragiquement les prix agricoles. Des milliers de fermiers des Grandes Plaines n’ont d’autre choix que de migrer vers l’Ouest, à la recherche de travail et de pain.


*


C’est cette histoire que nous racontent Les raisins de la colère de Steinbeck.

Et celle de la famille Joad, forcée de quitter sa terre dans l’espoir de trouver de l’emploi, rejoignant la file ininterrompue des caravanes se dirigeant vers la Californie et s’enfonçant par là même, et comme des milliers d’autres familles, dans une absurde misère et un désespoir dévorant.


« Une large goutte de soleil rouge s’attardait à l’horizon, puis elle tomba et disparut ; le ciel restait brillant au-dessus de l’endroit où elle s’était évaporée, et un nuage déchiqueté pendait comme une guenille sanglante au-dessus du point de la disparition. Et du fond de l’est, le crépuscule peu à peu envahit le ciel, tandis que sur la terre les ténèbres s’avançaient, venant de l’est. »


Il y a dans l’écriture de Steinbeck une puissance évocatrice hallucinante et un sens poétique indéniable. C’est une poésie de la sobriété et de la terre, une poésie de l’action et du silence qu’il nous livre ici.

Un phrasé d’une pureté absolue, scandé brutalement,

redoutable,

des taches de couleur apposées au couteau,

sans concession.


Et puis c’est une histoire aussi bouleversante que révoltante, qu’il est impossible de laisser de côté une fois entamée. Ma, Pa, John, Tom, Al, Rose de Saron, Ruthie et Winfield deviennent, le temps de la lecture, des membres à part entière de notre famille. Nous les chérissons autant que nous aimons nos parents, nous admirons leurs qualités et apprenons à nous montrer magnanimes face à leurs défauts.

Car nous le savons, un long chemin nous attend en leur compagnie.


« À mesure que le jour avançait le soleil devenait moins rouge. Il lardait ses rayons sur la campagne emmitouflée sous la poussière. Les hommes s’assirent sur le seuil de leurs maisons, tripotant des bâtons et des petits cailloux. Assis devant les portes, immobiles, les hommes réfléchissaient…calculaient. »


Leur histoire, Steinbeck la raconte de la plus brillante des manières : avec sobriété, intelligence et tendresse.

Le résultat est impressionnant de réalisme et de maîtrise.

Alors chapeau bas l’artiste comme qui dirait,

c’est un Chef d’œuvre,

sans l’ombre d’un doute!


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