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  • loudebergh

Les secrets de ma mère, Jessie Burton.


Il y a six semaines, j’ai donné naissance à ma première fille.

Dans sa main, la poignée d’une petite valise : son bagage pour la vie. A l’intérieur, il y avait une petite trousse qui m’était destinée. Dedans, elle avait placé des doutes, des joies infinies et quelques peines aussi, une pile de bouleversements, quatre ou cinq commotions et leur lot de questionnements.

Sur mon rapport à la maternité notamment et celui des femmes qui m’ont entourée.


Depuis, deux romans – et pas des moindres, Le complot contre l’Amérique de Philip Roth et Une prière pour Owen de John Irving – me sont tombés des mains. Impossible d’en venir à bout, de trouver en moi une once de concentration; impossible de focaliser mon attention sur autre chose que les responsabilités liées au fait d'être mère. Cela me ravageait. Ne serais-je plus jamais capable de lire ? De m’enfoncer avec plaisir entre les pages d’un roman pour en sortir, des heures plus tard, hébétée et subjuguée ? Devais-je me résigner à sonner le glas marquant la fin d’une époque ?


« Combien d’amis m’avaient dit, « Oh, on n’essaye pas vraiment ! », avant d’avouer presque dans un même souffle qu’ils avaient arrêté les contraceptifs – juste pour voir. Pour voir quoi exactement ? Si leurs corps étaient viables ? S’ils avaient, en fin de compte, envie d’être parents ? On parlait bien d’une vie, et pas d’un style de vie. Mais je compris soudain pourquoi ils avaient dit ça. Parce qu’ils incarnaient un paradoxe, celui de vouloir quelque chose qu’ils risquaient de ne pas vouloir. Personne ne pouvait faire un essai dans le rôle de parent ; faire un bébé pour le rapporter ensuite. Personne ne voulait avouer qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. J’aurais aimé qu’ils soient plus nombreux à le dire.

Avais-je voulu à mon tour mettre mon corps à l’épreuve, juste pour voir ? Il y avait là une certaine logique illogique. »


Il y a quelques jours, heureusement, ma mère est venue me rendre visite. Elle a glissé dans mes mains un pavé tout de papier emballé : Les secrets de ma mère de Jessie Burton. Elle ne l’avait pas lu, ne savait pas de quoi il retournait, mais en avait entendu le plus grand bien. Entre autres sujets, la maternité y était abordée de la plus brillante des manières lui avait-on dit, elle était sûre que cela me plairait.

Bingo ! Moi qui n’avait plus réussi à finir un livre depuis des semaines, je dois avouer que celui-ci, je n’ai pas pu le lâcher. Outre les tétées, les changements de couches et les câlins, une seule chose m’importait : venir à bout de cet incroyable roman, connaître la fin de l’histoire.


Un après-midi d’hiver 1980, en plein cœur de Londres, Elise Morceau rencontre Constance Holden et tombe instantanément sous son charme. Connie, audacieuse et magnétique, est une écrivaine à succès dont le dernier roman va être adapté au cinéma par l’un des plus gros studio d’Hollywood. Elise suit Connie à Los Angeles, la ville par excellence du rêve et de l’oubli. Mais tandis que Connie s’enivre de l’énergie de cette nouvelle vie où tout le monde s’enveloppe de mensonges et tente d’atteindre les étoiles, Elise commence à perdre pied. Au cours d’une fastueuse soirée hollywoodienne, elle surprend une conversation qui l’entrainera à prendre une décision radicale qui pourrait bouleverser sa vie.

Trois décennies plus tard, en 2017, Rose Simmons cherche des réponses sur sa mère, qui a disparu sans laisser de traces alors qu’elle n’était qu’un bébé. Rose a découvert que la dernière personne à l’avoir vue est Constance Holden, une écrivaine oubliée qui s’est retirée de la vie publique alors qu’elle était au sommet de sa gloire. Rose se trouve irrépressiblement attirée sur la piste de Connie, en quête d’indices sur les secrets du passé.

Jessie Burton, autrice du best-seller Miniaturiste, livre dans ces quelques 500 pages une histoire haletante et lumineuse. Grâce à un souffle puissant, elle nous emporte au cœur d’une quête d’identité remarquablement orchestrée. Au travers de personnage énigmatiques et inoubliables, elle nous dévoile les coulisses des milieux littéraire et cinématographiques, ainsi que l’envers de la création artistique, de la fiction et de la maternité.


Pendant ces deux semaines de lecture, je n’ai cessé de penser à ces trois femmes. Elise, Constance, Rose. Si puissantes, et si faibles à la fois, si charismatiques et si lâches. A ces femmes tellement vraies, envoutantes, passionnantes. A la recherche d’elles-mêmes.

Des personnages dotés d’une véritable épaisseur, d’une existence presque tangible. Des femmes comme la Littérature a besoin, vivantes, subtiles, infinies. J’ai aimé leurs questionnements, leurs trahisons et leurs grandeurs. Leurs bassesses et leur mépris, leurs fuites et leurs blessures.


Et ce rythme ! Impossible de s’en extraire ! C’est en faisant progressivement émerger les secrets, par une alternance de récits à différentes époques, que Jessie Burton parvient à nous tenir en haleine magnifiquement. Il va sans dire que cela relève d’un talent plus que certain. Et lorsque comme moi, vous rencontrez quelques soucis de concentration, c’est un plaisir de tous les instants !


En somme, je ne peux que vous engager à vous plonger entre les pages de ce roman magnifique, lumineux et enjôleur.

De quoi accompagner vos premières soirées d’hiver,

Bien au chaud sous ses pages

emmitouflé dans ses mots.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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