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  • loudebergh

Miss Laila armée jusqu'aux dents, Manu Joseph.


Pas facile d’écrire une chronique au sujet d’un livre que l’on a aimé…sans trop l'aimer.

C’est complètement par hasard que je suis tombée à la librairie sur Miss Laila armée jusqu’aux dents. Sa belle couverture avait attiré mon regard. Il faut reconnaître aux Editions Philippe Rey un admirable talent pour le graphisme de leurs ouvrages et le choix des photos pour les mettre en valeur. Ici, une jupe-salopette rose portée par une jeune fille aux cuisses bronzées dont on ne voit ni le haut ni le bas du corps ; et entre ses mains, un fusil-mitrailleur.


Je crois n’avoir même pas lu le résumé avant de l’acheter, j’étais pressée ce jour là, et mon passage à la librairie n’était initialement pas destiné à offrir à ma bibliothèque un nouveau roman. Quoiqu’il en soit, ce n’est qu’arrivée chez moi que j’ai lu pour la première fois la quatrième de couverture. On y parlait de nationalistes hindous, d’un immeuble effondré dans les quartiers pauvres de Mumbai, d’un thriller à l’intrigue resserrée…j’étais sous le charme. Le sujet me paraissait original, l’histoire intéressante, le ton léger et empli d’ironie.

« La République indienne est un canular géant. Elle laisse croire qu’on peut s’autoriser n’importe quoi et s’en tirer indemnes. Il est un fait que c’est souvent le cas. Mais un jour, inévitablement, surprise, surprise. »

Alors que les nationalistes hindous, sous l’égide de leur leader Damodarbhai, sortent victorieux d’une élection nationale, un immeuble s’effondre dans l’un des quartiers pauvres de Mumbai. Coincé sous les décombres : un unique survivant, en piètre état. Seule Akhila, étudiante en médecine, réussit à se glisser dans le tunnel étroit menant à la victime. Elle entend l’homme murmurer le pire : un nommé Jamal serait sur le point de commettre un attentat tout près de là. C’est une course contre la montre qui commence afin de localiser le terroriste, tandis que les autorités s’interrogent sur la fiabilité des dires de la jeune femme : après tout, n’est-elle pas connue et crainte pour ses canulars sur les réseaux sociaux et ses critiques acerbes de la société ?

Entre-temps, une petite fille, Aisha, raconte comme sa grande sœur Laila a pris soin avec courage de la famille après la mort de leur père. Laila, qui est tout récemment montée dans la voiture d’un certain Jamal…

Disons que je n’ai pas été déçue. S’il m’a fallu quelques chapitres pour entrer pleinement dans l’intrigue et en comprendre tous les tenants et les aboutissants, j’ai dévoré le roman en deux soirées et ai été plus que surprise par le rebondissement majeur qui survole les derniers chapitres. Le ton, irrévérencieux au possible et souvent cynique m’a plu, la critique mordante de la société et des dirigeants indiens m’a donné à rire et à penser. La plume de Manu Joseph, subtile, sobre et délicate, a ouvert mes yeux sur une autre manière d’écrire la vie et le mouvement. J’ai également trouvé les descriptions fines, drôles et extrêmement parlantes ; le paysage défilait sous mes yeux comme dans un film sans que j’aie à faire le moindre effort d’imagination. Le roman m’a également donné l’occasion de glaner quelques informations deci-delà sur l’Inde d’hier et d’aujourd’hui, sur les conflits entre les hindous et les musulmans, sur la société indienne et son fonctionnement. Pas inintéressant, je vous le promets !

« Même à Nasik, les routes sont bonnes, de nos jours – la moitié en tout cas. Il y a même des lignes blanches. Comme c’est chic tout ça. Jadis, cette nation était un village et tout semblant d’ordre, de quelque nature qu’il fût, considéré comme une forme d’arrogance. Il y a des années, Vaid avait vu trois manœuvres à moitié nus peignant des lignes blanches sur une autoroute. Ils avaient tous les outils adéquats mais les lignes n’en étaient pas moins tortueuses. Sur des kilomètres. Il leur avait demandé pourquoi ils ne les faisaient pas droites. « Nous ne sommes plus gouvernés par ces salauds de Blancs, avait répondu l’un d’eux. Pourquoi les lignes devraient-elles être droites ? » ».

Pourtant, je referme Miss Laila armée jusqu’aux dents avec un brin d’amertume. J’aurais aimé que l’histoire dure plus longtemps et surtout, qu’elle soit plus fouillée. J’ai trouvé que beaucoup d’éléments étaient survolés, empêchant une pleine implication du lecteur. Que les personnages paraissaient souvent assez fades, sans grande profondeur, ou tout du moins pas assez étudiés. J’aurais aimé lire plus de contexte enfin, plus d’engagement, plus de complexité.

En fait, il m’a semblé que le récit manquait de « conflits » comme on dit : il se déroulait en toute quiétude, en ménageant quelques espaces de surprise bien sûr, mais sans réelle prise de risque dans l’intrigue.

Quelque chose d’un rien fainéant à mes yeux.

Alors peut-être est-ce un choix délibéré de l’auteur,

peut-être suis-je passée à côté de certains éléments épiçant le récit d’une note acidulée,

peut-être ne suis-je pas assez concernée et informée au sujet du sous-continent indien et des aléas politiques qu’il rencontre,

peut-être enfin, n’ai-je pas fait l’effort de m’investir assez dans l’intrigue qui m’était offerte sur un plateau.

Si c’est le cas, et qu’un autre lecteur de Manu Joseph me trouve dure ou injuste, je m’en excuse sincèrement.

Cependant, il est vrai que je lis beaucoup de romans. Peu à peu, en les critiquant, j’affine mon regard sur l’écriture et la narration et il m’arrive souvent d’être littéralement emportée par une lecture, envahie par ses personnages, anéantie d’émotions diverses et variées, enivrée de ses mots. Disons que je fais partie des gens qui ont besoin de peu pour être vite pompette!

Mais pas d’ivresse ressentie ici, entre les pages de Miss Laila armée jusqu’aux dents,

malheureusement.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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