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  • Photo du rédacteurloudebergh

Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives.


C’est sa très belle couverture qui m’a d’abord attirée. Le livre était rangé tout en bas, au milieu de l’une des étagères qui frôlent le parquet de la bibliothèque municipale, là où souvent, les corps ne se plient pas, où les yeux, ne se posent pas, se contentant de divaguer mollement sur les rayonnages situés à leur hauteur.


Cette fois pourtant, mes genoux se sont pliés, mon buste, entravé par une deuxième grossesse finissante, s’est retrouvé face à cette tranche blanche, et mes mains se sont emparées de Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives.

Je ne connaissais pas la collection L’arbalète de chez Gallimard, mais je l’ai su à la seconde où j'ai eu le livre entre les mains : il était pour moi.


*


« Et l’enfant ?

Il dort, il dort.

Que peut-il faire d’autre ? »


Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.

Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?


*


Chacune des phrases – vives, aiguisées – de cet admirable texte, dévoré en quelques heures, m’a semblé débordante de justesse et de vérité. Et si ma situation de jeune mère n’a rien à voir avec celle décrite entre les pages de Tenir jusqu’à la l’aube, je me suis souvent retrouvée dans l’épuisement raconté, le désir de fuite, la solitude infinie dans laquelle la maternité nous plonge parfois, la détresse, l’envie de tout laisser tomber…

…dans la satisfaction immense de l’instant où enfin, l’enfant dort : voilà que vous avons devant nous quelques heures pour nous.

Et puis dans ces petites négociations avec le quotidien, ces incartades que l’on s’autorise tout en se sentant coupable, ces petits riens qui sont pourtant des essentiels – car ils nous raccrochent à la vie, à celle d'avant tout du moins – alors que tout ne semble plus tenir qu’à un fil.


Elle s’agrippait aux anses caoutchouteuses de l’engin et fonçait, fonçait, blême, les traits tendus. Jusqu’à ce que l’enfant, enivré par la vitesse et la succession des paysages qu’on refaisait à l’envers, manèges, girafes, crocodiles, ours, canards, allée centrale, se calme enfin. Il s’endormait parfois et elle maugréait, elle préférait qu’il attende d’être rentré pour s’assoupir, ça lui laissait quelques heures pour travailler, un peu de temps gagné sur son sommeil. Et puis il allait se décaler, il ne ferait plus la sieste de l’après-midi et elle était bonne pour une journée continue, avec un enfant fatigué et fatiguant, elle n’en voyait pas le bout.

Ces promenades les laissaient hagards, défaits, le plaisir de la sortie était gâché, il fallait traverser quelques rues encore, puis le grand hall de la résidence et ses mosaïques au sol, se jeter dans l’ascenseur et regagner leur dernier étage, leur huis clos, leur petit enfer quotidien.


Carole Fives nous livre un petit roman bouleversant, superbement écrit et incroyablement touchant. Un texte que j’engage toutes les jeunes mères à lire, ne serait-ce que pour se sentir moins seules et goûter aux plaisirs de la belle langue versée dans le quotidien le plus commun.

Un bijou !

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