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  • Photo du rédacteurloudebergh

Une poignée de vies, Marlen Haushofer.


Voilà un roman des plus insaisissables.

Je crois bien avoir passé la première moitié du livre à me demander ce que j’avais sous les yeux, et l’autre à me trouver incapable de les détacher de ses pages somptueuses.

Il me faudra le relire, c’est certain !

Une fois, deux fois au moins. Pour en saisir pleinement l’essence.

À cet instant, j’ai le sentiment de n’avoir touché du doigt que le millième de ce qu’Une poignée de vies contenait de grâce, de beauté et de douleur.


*


1951, dans une petite ville d’Autriche. Deux décennies se sont écoulées lorsque Betty, que tout le monde croit morte, revient, incognito, dans la maison où elle a vécu avec sa famille. À l’invitation du jeune homme et de la belle-mère de ce dernier, qui l’accueillent et voient en elle un potentiel acquéreur, elle séjourne dans la chambre d’amis. Elle y trouve alors une boîte contenant de vieilles photos qui la replongent aussitôt dans son passé.


*


Ce texte, terriblement moderne, évolué et subtil, a été publié pour la première fois en 1955. Il nous donne à lire (et admirer) une femme qui pourrait être notre contemporaine tant ses réflexions, ses désirs et sa détermination nous semblent proches. Une femme qui n’a cessé de se sentir prisonnière de la fascination qu’elle exerçait et qui jamais ne parvenait à répondre aux attentions qu’on lui portait, se croyant toxique, pénétrée d’un esprit démoniaque, désespérément folle.

Il fallait fuir. Laisser derrière elle un mari aimant, un enfant de deux ans. Et continuer ainsi à placer au-dessus de tout un principe de liberté qui, lui seul, la portait vraiment. Lui donnant à vivre une poignée de vies disséminées aux quatre vents.


Attrapé sur un coup de tête à la bibliothèque, sans même en avoir lu le synopsis, Une poignée de vies de Marlen Haushofer m’a inexplicablement attirée. Comme une guêpe par une coulée de sucre sur le bord d’une assiette.

Je cherchais quelques romans capables d’accompagner les premiers jours de mon congé maternité, et celui-ci, doté d’une très jolie couverture et d’un toucher délicieux ne m’avait pas laissé la possibilité d’hésiter. Arrivée à la maison et découvrant ce que j’avais enfourné dans mon sac quelques minutes plus tôt sans plus de considération, je me suis étonnée de ce que le hasard avait mis sur ma route et me suis laissé prendre par son adresse.


J’avoue avoir été quelques peu déstabilisée par la première moitié du texte.

Si j’ai immédiatement été séduite par la langue absolument splendide de son autrice, la maitrise du style et la pureté des phrases, je n’étais pas certaine de comprendre ce que je lisais. Pas que ses pages soient particulièrement ardues, mais plutôt que je ne saisissais pas réellement ce que je me voyais raconté.

Un samedi après-midi pourtant, j’ai persévéré, sentant qu’il y avait là-dessous quelque chose de grand. De grandiose même. Quelque chose à comprendre.

Et grand bien m’en a pris : je n’ai plus pu m’arrêter.

Je voyais le texte se déployer sous mes yeux avec la plus impressionnante des grâces, la beauté de l’écriture se réverbérer partout sur ses pages, le parfum de ses mots imprégner tout mon être.

Ça y est : je tenais là l’ombre de l’essence de quelque chose de très beau.


J’ai été littéralement happée par la deuxième moitié du roman, séduite par les liens qui germaient en mon esprit, les idées que le livre y déposait avec intelligence et délicatesse.

Je pense sincèrement y revenir dans les semaines à venir – le palais plus affûté – pour goûter ce que j’aurais laissé passer lors de ma première lecture, et me sentir plus maitresse de mon admiration.

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