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  • loudebergh

La Lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson.


A-t-on jamais écrit plus douce lettre d’amour ?

Plus tendre, plus honnête, plus vraie ?

Je ne suis pas certaine, si c’est le cas, qu’elle soit née d’autres mains que de celles d’un islandais. Car il fallait venir d’un pays battu par les vents, les flots et les tempêtes pour faire émerger un texte si vibrant d’humanité.


*


« C’est au printemps, à la première sortie des agneaux de la bergerie, que j’éprouvais avec le plus d’insistance le désir de te voir ravaler ton orgueil et venir me rejoindre. Et chaque fois que les fleurs de pissenlits s’étalaient dans les prés, des flammes jaunes s’allumaient aussi en un autre endroit… »


Bjarni Gìlason, un homme simple, taillé dans la lave mais pétri de poésie, se décide enfin à répondre à sa chère Helga, sa voisine de la ferme d’à côté, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment.


*


Vous qui lisez régulièrement les articles publiés dans ce blog, vous connaissez mon amour pour un pays que je ne connais autrement qu’entre les pages des romans. J’aime passionnément les auteurs que cette terre aussi sublime qu’hostile forge : des êtres grandioses, des poètes dans la plus pure acception du terme, des rêveurs magnifiques, des terriens à l’ossature solide.

Je dévore les romans de Jòn Kalman Stefànsson avec une gloutonnerie que je ne cache point, m’émerveille à chaque parution d’Audur Ava Òlafsdòttir, m’émeus de la justesse des mots de Gunnar Gunnarsson et savoure les récits d’Arnaldur Indridason avec un plaisir infini.


Avec La Lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, je découvre les joies d’une langue nouvelle bien qu’infiniment islandaise : une langue sensible, immense, dure et charnelle.

Je n’avais jamais lu d’éloge de l’amour comme celui-ci, bien éloigné des classiques « lettres d’amour » débordantes de mensonges et de bons sentiments.

Sous la plume de Bjarni, répondant à la femme qu’il ne cessa d’aimer – trop tard certes, mais tout de même ­–, réside la vérité la plus pure : celle qui dicte la passion, fait de nous des êtres faillibles et de piètres amants.


J’ai passionnément aimé les passages sur la force de la vie à la campagne, éloignée des fracas, de la tristesse et des renoncements de la vie à la ville, ceux dans lesquels Bjarni dresse le portrait de l’homme qu’il est et a été, faible certes, mais droit, fier et aimant. Sa relation à la terre, si sensible, si charnelle est au moins aussi belle que celle qu’il tissa avec Helga, la femme vers laquelle son cœur ne cessera de le porter, et il fallait bien être islandais pour voir les mots glisser sous ses yeux avec une telle puissance, ruisselants de vie, gorgés de sève et de frissons.


Vous l’avez compris, cette lettre est un miracle de tous les instants.

Un bijou à glisser entre toutes les mains :

celles-qui ont la chance d’aimer,

celles qui ont tout le loisir de s’enfoncer dans la terre ou dans la laine des moutons,

et celles qui ont perdu l’amour et espèrent un jour caresser à nouveau son échine frémissante.

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