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  • loudebergh

Mémoire de fille, Annie Ernaux.


Il y a des livres au sujet desquels il faudrait simplement pouvoir dire « Lisez-le ! ».


Des livres qui n’auraient pas besoin des mots des autres.

Qui tiendraient tout seul, sans tuteur, à la seule force de leur éclat.

Des livres qui n'appelleraient aucune autre phrase que celles présentes dans leurs pages.


Mémoire de fille d’Annie Ernaux est de ceux-là.

De ces textes qui marchent droit,

Avec prestance et sérénité,

Grandeur et raison.


« Si je me réfère au roman très court que j’ai rédigé deux ans plus tard et qui est la poursuite de ce début, ce n’est pas la réalité de mon histoire avec H que je veux raconter, c’est une manière de ne pas être au monde – de ne pas savoir s’y comporter. Quelque chose d’immense et de flou /…/ ».


Sur leur passage, tout brille.

Comment ne pas être emporté par l’intelligence de leurs mots. Leur force créatrice ? Leur impressionnante précision ?

Capable de donner corps et chair à la plus fugitive des idées. Au plus flou des souvenirs.


*


Car c’est tout là le projet d’Annie Ernaux : replonger dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’Orne. Un moment dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence pendant deux années.

En s’appuyant sur des images mentales indélébiles, des photos, des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient entre hier et aujourd’hui.


*


« J’ai retrouvé dans mes papiers une sorte de note d’intention :

Explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive, et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé. »


Pour nombre de féministes, Mémoire de fille d’Annie Ernaux est le livre-phare. Le Totem. Celui de l’Eveil. Du début.

Le matin d’un combat,

Ou d’une nouvelle vie.

Pour moi, il aura pris les traits d’un miroir

dont les reflets, scintillant dans la lumière du soir

vont, je le sais, faire longtemps frissonner mon esprit.


« C’est l’absence de sens de ce que l’on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d’écriture. »



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