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  • Photo du rédacteurloudebergh

Mangeuses, Lauren Malka.


J’ai souffert d’anorexie mentale. 

Pendant plusieurs années. 

Et si je pense être guérie aujourd’hui, être sortie de cette spirale infernale, 

j’avoue continuer à entretenir un rapport conflictuel avec la nourriture. Autrement plus compliqué du moins, que les hommes qui m’entourent. 

Et je ne suis pas la seule. 

Si les femmes ne développent pas toutes, un jour ou l’autre, de troubles du comportement alimentaire à proprement parler, je n’en connais aucune qui pose un regard parfaitement apaisé sur ce qu’elle ingurgite. 


« Je suis une meuf. Comment veux-tu que je sois autre chose que dissociée? Depuis que je suis enfant, on me répète que mon corps appartient aux regards des autres, qu’il appartient à ma beauté, à ma séduction. La séduction, ça te dissocie. Comment veux-tu faire autrement?

Je ne connais aucune fille qui mange sans se demander si ça la fera grossir. Comment veux-tu te dissocier de ton appétit et ne pas te dissocier de tout ce que tu es? »

Virginie Despentes


*


Qui a tué la gourmandise féminine? 

On lie souvent les troubles alimentaires féminins à l’intensification du diktat de la minceur dans les années 1970, mais ce phénomène, encouragé par l’industrie capitaliste, est bien plus ancien. 

Du mythe d’Ève, soumis à perpétuité au désir masculin pour avoir goûté au fruit défendu, à l’émergence des premiers restaurants - réservés aux hommes -, en passant par leur exclusion de la gastronomie, les femmes semblent condamnées à cuisiner et servir tout en s’affamant, à être ménagères ou gloutonnes quand les hommes sont grands chefs ou fins gourmets. 

Comment a-t-on déréglé l’appétit des femmes? 

Comment les mouvements féministes contemporains abordent-ils le rapport à la nourriture et au corps? 

En fouillant dans l’histoire et la littérature, et en donnant la parole à des mangeuses de tous horizons, ce récit-enquête incarné tente de répondre à ces questions et apporte quelques miettes d’espoir dans un monde d’affamées. 


*


« Une culture fixée sur la minceur féminine n’est pas une obsession de la beauté féminine, mais une obsession de l’obéissance féminine. Le régime est l’un des plus puissants sédatifs politiques de l’histoire des femmes ; une population qui est en colère silencieusement est une population docile. »

Naomi Wolf


J’aurais pu surligner l’intégralité des phrases qui composent ce brillant essai, tant chacune a résonné en moi avec tant de force que mes entrailles se serrent encore. J’avais l’impression de voir les planètes s’aligner une à une et les questionnements qui s’amoncelaient sous mon front trouver une réponse sans appel. Précise, ultra-documentée, ravageuse. 

Plusieurs fois, j’ai senti ma poitrine se comprimer, mes poumons manquer d’air. 

Une longue thérapie avait eu beau me permettre de comprendre beaucoup de ce que mon rapport avec la nourriture avait de problématique, et quelles pouvaient en être les origines, sa mise en regard d’avec ce que les femmes (toutes les femmes, j’insiste, quelque soit leur origine sociale et géographique) portaient comme poids depuis que le monde est monde, s’est révélé aussi salutaire que terrifiant. Cette problématique individuelle ne l’était pas uniquement. 

Elle était aussi (et peut-être avant tout) sociale et politique. 


Ce livre devrait être lu par toutes et tous. 

Il est aussi nécessaire qu’absolument fondamental.

Pour appréhender, comprendre et réparer (si tant est que cela soit possible un jour) les atrocités que le patriarcat a commises au fil du temps, et permettre aux femmes de retrouver le sel de ce qui fait leur humanité, pour assoir un rapport au monde sain et serein. 

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