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  • loudebergh

Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie.


Bien souvent, après avoir terminé la lecture d’un roman,

portée par l’énergie du verbe et la puissance du mot,

je ressens le besoin d’écrire.

Tout de suite. Immédiatement.

Une manière pour moi de transformer la bouillie grandiose

née de ma lecture et enfouie dans mon cœur

en quelque chose.

De donner corps à cette émotion.


Mais hier, j’ai refermé Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie et depuis, malgré toute l’admiration qui a germé en moi,

je sèche.

Sous mon crâne, les mots tournent et tricotent.

Je recule pour mieux sauter, du moins je crois, je tempère, j’attends.

Histoire de voir de quoi demain sera fait, et si le bon dieu ou quiconque d’ailleurs, m’inspirera ou me poussera au cul.


La panne sèche.

La peine sèche.

Trop peur de mal faire et de faire mal.

De mal dire.


*


Olivia de Lamberterie, critique littéraire dont j’affectionne tout particulièrement le ton et l’esprit, présente son livre ainsi :

« Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire.

Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital.

Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation.

Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »


*

Je me demande comment rendre hommage à une merveille faite chair et papier sans en trahir l’essence ? Surtout lorsqu’elle est bâtie sur des fondations telles. Qu’elle aborde un tel sujet – terrible ce mot. Si faible, si nul. Mais je n’en ai pas d’autre.

Comment ne pas commettre d’impair quand on n’y connaît rien. Quand jamais cette souffrance – inimaginable – n’a pris ses quartiers sous notre peau. Quand notre frère à nous, chéri et aimé plus que tout, est à portée de main ou presque, à portée de vie.

Comment ne pas sombrer dans la banalité, le pathos et la philosophie à la petite semaine ?


« Il me manque. J’ignorais qu’on puisse être si engluée dans la peine. Pour combien de temps ? »


Il m’est souvent arrivée d’écrire une lettre ou un mail à un·e auteur·ice dont l’œuvre m’avait particulièrement touchée. Parfois même, j’ai reçu des réponses.

Toujours superbes et délicates.

Cette fois, je n’oserai pas. J’aurais bien trop peur de dire des idioties saupoudrées de bons sentiments. Et puis Olivia de Lamberterie l’a écrit au début d’Avec toutes mes sympathies, elle reçoit bien assez de courriers/lettres/demandes en tout genre. Ses yeux ont bien assez de pages sur lesquelles se poser.


Mais si j’avais osé, je crois que je lui aurais dit quelque chose du genre :

Merci Madame, merci pour votre livre,

Pour votre intelligence, votre finesse, votre sensibilité,

Merci pour la grâce de votre plume, l’humanité de vos mots, la vérité de votre langue.

Merci pour ce texte si pur, si grand, si juste.

Avec toutes mes sympathies est renversant, grandiose, puissant.

Il m’a émue aux larmes,

M’a grandie,

et a fait gonfler mon cœur d'une kyrielle d'émotions

plus belles que l'aube nouvelle.


*


« La lecture est l’endroit où je me sens à ma place. Lire répare les vivants et réveille les morts. Lire permet non de fuir la réalité, comme beaucoup le pensent, mais d’y puiser une vérité. L’essentiel pour moi est qu’un texte sonne juste, que je puisse y discerner une voix, une folie ; je n’aime pas les histoires pour les histoires, encore moins les gens qui s’en racontent. Je n’ai pas besoin d’être divertie, mes proches s’en chargent, je me fiche d’apprendre. J’aime être déstabilisée, voir avec d’autres yeux. Et puis, lire autorise à être là sans être là. Je ne suis pas obligée de répondre au téléphone et de répondre à des questions. Je m’ennuie rarement, mais je ne juge pas la vie de tous les jours si intéressante avec son cortège d’emmerdements et de machines à laver à faire tourner. Je me noie dans les phrases des autres, moi, si souvent incapable de prononcer un mot. Je m’étourdis de leur sonorité et de leurs frottements de silex. La poésie m’enivre de son étrangeté. »

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