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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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Douleur, Zeruya Shalev.


Qu’il est doux de commencer l’année entre les pages d’un si beau roman, si parfait, si fin, si subtile et si juste.

Qu’il est merveilleux de lire la vie à l’état pur, brutale et sensible, sans concession.

Qu’il est agréable de sentir son cœur s’embraser à mesure que les pages se tournent,

comme un souffle.


Douleur de Zeruya Shalev, c’est le minutieux décorticage des sentiments d’une femme qui doit choisir.

Choisir. Alors que sa vie vacille,

en quelques jours, en quelques heures.

Lorsque le passé qu’elle croyait enterré depuis trente ans, refait surface.

Le passé.

Cet attentat qui a déchiré son corps voilà des années.

Et son amour de jeunesse, revenu des limbes, sous les traits d’un médecin.


A près de cinquante ans, Iris mène à Jérusalem une existence bien remplie. Cette ambitieuse directrice d’école pensait avoir surmonté ses blessures enfouies jusqu’au jour où les souvenirs la rattrapent. Elle retrouve par hasard son grand amour de jeunesse, ravivant une passion qu’elle croyait éteinte.

Et tandis que son mari s’éloigne et que sa fille multiplie les provocations inquiétantes, Iris tente de contrôler la situation.

Dans un pays traversé par l’urgence de vivre, les conflits et la mort, choisira-t-elle de ressusciter le passé ou d’affronter le présent ? De mordre la vie à pleine dents ou de baisser les bras ?


« Et souvent une seule fois ne suffit pas, nous devons donner et redonner la vie à nos enfants, veiller encore et encore sur la flamme de leur souffle, les aider encore et encore à choisir cette vie qu’on leur a offerte sans qu’ils aient rien demandé, et c’est ce qu’elle est en train de faire à présent, voilà pourquoi elle a si mal, comme pour son accouchement, par la nuit froide où son jeune corps plié de douleur se séparait de la créature qui s’était tranquillement installé en elle. Qu’elle avait été pénible cette séparation, même si elle avait débouché sur une rencontre, qu’elles sont dures les séparations attendues que nous impose la nature, ce compte à rebours toujours enclenché, un temps pour la grossesse, un temps pour élever les enfants, un temps pour la vie elle-même et parfois, un temps pour l’amour. Cette nuit-là, la douleur de la déchirure avait supplanté la joie de la rencontre, son corps vide et effiloché pleurait cette première unicité à jamais perdue, la petite aussi pleurait sans cesse dans les bras de Micky qui la berçait tendrement avec les chants arabes mélancoliques que sa mère lui avait chantés dans son enfance. »


Je referme ce superbe roman avec autant de joie au cœur que de tristesse dans l’âme.

Qu’il est dur de ranger sur une étagère,

comme si de rien n’était,

les mots qui ont fait vibrer son corps pendant quelques jours!

Ceux en compagnie desquels on s’est mû, on a aimé, on a ri, on a pleuré.

Ceux que l’on a trouvé si doux. Si tristes, si fins. Si justes.

Ceux qui ont couvert notre esprit d’une épaisse pommade cicatrisante tout en attisant le feu de ses plaies.


Qu’il est dur de se séparer d’une femme qui nous ressemblait tant (se disait-on alors), que l’on comprenait si bien, que l’on aimait tout autant.

D’une femme qui, par ses doutes et sa pudeur, nous a tant donné.

D’une femme dont on aurait aimé être la mère autant que la fille.

D’une femme qui nous a ému aux larmes.

Si belle, si ravagée et si forte.

Si Humaine somme toute.


Car c’est la vie toute entière qui s’épanouit dans ce roman.

Des difficultés de l’amour aux vertiges du sexe,

En passant par la complexité des liens familiaux

et les aléas politiques,

l’exploration de la féminité et la grandeur de la maternité,

les souffrances d’un conflit qui n’en finit pas et l’embrigadement sous toutes ses formes,

la peur de tout perdre,

la frustration, l’incompréhension,

l’incapacité à communiquer,

la fierté et la joie,

le doute et la colère.


Et la douleur surtout.

Une douleur aux multiples facettes.


Une douleur qui parfois, peut offrir aux yeux qui la contemplent, un visage des plus souriants.

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