Ecrire sa mère, Robert Neuburger.
- loudebergh
- il y a 23 heures
- 2 min de lecture

J’ai deux dadas : les livres et les mères. Les auteurs.ices et la maternité.
Aussi, quand je tombe sur un petit essai aux très jolies éditions Payot Poche intitulé Ecrire sa mère, vous imaginez ma joie. Ajoutez à cela la très célèbre œuvre de Klimt Les trois Âges de la femme sur la couverture et me voilà définitivement ferrée.
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Pour ces filles et ces fils, l’amour maternel n’a jamais été à la bonne place. Avec leur mère, ce fut toujours « l’amour en moins » ou « l’amour en trop ». Qu’il s’agisse d’Annie Ernaux ou de Pascal Quignard, de Nancy Huston ou de Marguerite Duras, de Romain Gary ou d’Albert Cohen, l’écriture a été leur bouée de sauvetage pour réparer les manques ou les trop-pleins d’amour maternel.
Fait curieux, presque toutes et tous ont parcouru un trajet similaire : d’abord, dans l’enfance, le rêve comme refuge nourri par la lecture, puis souvent le journal intime, enfin le roman et la publication, après la mort de leur mère, d’une autobiographie qui est la dernière étape, la tombe où ils et elles peuvent placer leur mère, se réconcilier avec l’image maternelle.
À défaut d’avoir eu une mère aimante, ils et elles ont créé une mère aimable.
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Il est quelque chose d’infiniment séduisant à ces essais que l’on savoure comme des bouchées. Par petits bouts, avec lenteur, un paragraphe après l’autre le temps d’une pause ou d’un instant. Ce ne sont pas des plats en tant que tels – consistants, complexes et nécessitant la position assise pour être dégustés. Ils ont la délicatesse d’un canapé enfourné sur le pouce entre deux échanges et n’ont pas leur pareil pour ouvrir l’appétit. Ce sont somme toute de magnifiques apéritifs qui font éclore l’ailleurs et l’autre chose.
Écrire sa mère est de ces douceurs, savantes et légères à la fois. Je l’ai lu debout derrière le comptoir de la librairie dans laquelle je travaille, entre le service d'un.e client.e et quelques rangements. J’y ai trouvé un immense plaisir. Et je n’ai pas manqué d’en surligner plusieurs passages.
Parce que cet essai, c’est d’abord une succession de phrases brillantes. De celles qui vous collent à la peau et vous font marmonner mais ou mais c’est bien sûr. On s’interroge, on s’identifie et l’on comprend. Là, là est une vérité magnifique qu’il est doux de voir posée sur le papier.
Alors on picore. Encore. À la recherche de la phrase qui saura éclairer notre âme : celle de Nancy Huston, d’Annie Ernaux ou de Duras, la phrase qui deviendra notre évidence. On fait rouler les mots sur notre langue, un instant on s’émeut et l’on se rassure : nous faisons partie d’une très grande famille. Et puis, on se dit que les mots ont tout de même de sacrés pouvoirs! Alors à la suite de Robert Neuburger, on ouvre les livres de celles et ceux qui ont su si bien parler de leur mère et on savoure… le plat de consistance.




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