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  • loudebergh

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut.


J’étais certaine que cela finirait ainsi et pourtant,

j’ai senti mon petit cœur se serrer et mes larmes poindre en terminant En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut.

C’était très beau, très simple, très pur.

La corde sensible était touchée, et tout le reste aussi.


*


Les très belles éditions Finitude présentent ce premier roman ainsi :


Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.

Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entrainer dans un tourbillon de poésie et de chimères.

Un jour pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.

L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.


*


Olivier Bourdeaut ne se cache pas derrière son petit doigt. Il y a du Boris Vian à plein tube entre les pages d’En attendant Bojangles, une citation à chaque coin de rue et un bel hommage au tournant.

Le monde y est simple, riche, coloré. On boit des cocktails toute la journée, les amis défilent dans l’appartement à toute heure du jour et de la nuit, on possède des châteaux en Espagne et d’étranges animaux se promènent sur le parquet.


Aussi, lorsque le malheur fait son apparition dans cette chantilly de douceurs,

on le transforme, on le sublime. On noue autour de son cou une écharpe bariolée et on allume la musique, très fort. Dans l’espoir – vain, on le sait, mais tout de même – de le voir débarrasser le plancher.

Dans L’Écume des jours de Boris Vian, c’est un nénuphar qui pousse dans la poitrine de Chloé. Chez Olivier Bourdeaut, c’est la folie qui circule masquée. Elle se cache derrière un voile d’excentricité, tissé de joies et de poèmes.


Rien n’est trop beau, trop drôle, trop sensationnel pour oublier que le pire erre en toute liberté,

tapi dans l’ombre.

Dans les têtes et les appartements.

La réalité est mise au placard, le courrier jamais ouvert, les factures, jamais payées.

Et puis on rit, on se joue de tout, et on danse. Parce que l’on se dit que si l’on tourne très vite, la vraie vie ne pourra pas nous rattraper.


« Je n’ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n’appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d’autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d’un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.

- Oh non, vous ne pouvez pas me faire ça ! Pas Renée, pas aujourd’hui ! Ce soir nous avons des gens à dîner ! s’esclaffait-elle, puis elle tournait la tête vers la glace et saluait la nouvelle Renée en grimaçant, la nouvelle Joséphine en prenant un air digne, la nouvelle Marylou en gonflant les joues.

- En plus je n’ai vraiment rien de Renée dans ma garde-robe ! »


C’est dans la bouche de l’enfant (le narrateur), pleine de mensonges à l’endroit et à l’envers, qu’avec candeur, simplicité et gravité, les mots s’entortillent en de magnifiques guirlandes. Ne demandant qu’à être enroulées autour des branches du majestueux pin de Noël.

C’est drôle et délicat,

sensible et joyeux.


Et c’est très triste aussi.

Parce que parfois, la réalité sort de sa cachette et emporte tout sur son passage : les cocktails et les chansons, les parents et les sénateurs.

Il ne reste alors que les mots et puis les livres.

Et franchement, c’est mieux que rien !

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