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  • loudebergh

En nous beaucoup d'hommes respirent, Marie-Aude Murail.


Marie-Aude Murail, Marie-Aude Murail, comment pourrais-je un jour vous remercier ?


Vous devez, j’imagine, crouler sous le courrier de lecteurs exaltés et ne plus compter les éloges qui couvrent vos épaules mais qu’importe : s’il y a bien une chose que je peux faire pour vous exprimer ma gratitude, c’est bafouiller quelques mots sur une page qui, je l’espère, échouera un jour aux pieds de vos yeux.


Alors Madame Murail, merci !

Merci d’avoir illuminé mon enfance,

accompagné mon adolescence

et bercé mon âme de toute jeune maman.


Merci pour ces mots,

Ces mots si justes, ces mots si simples,

Ces mots que vous avez chéris avant de nous les livrer à nous, lecteurs, enfants de tous bords, jamais vraiment adultes.

Merci d’avoir enroulé autour de leur cou une écharpe de laine pour qu’ils ne prennent froid et étalé sur leur dos une tartine de crème solaire une fois l’été devenu brûlant.


Merci enfin d’avoir fait de moi la lectrice que je suis, la passionnée, l’avide, l’insatiable. C’est, de très loin, le plus beau cadeau que j’ai reçu.


Car entamer un de vos livres à l’âge adulte, c’est comme retomber en enfance.

A peine avais-je ouvert En nous beaucoup d’hommes respirent que dans mes jeunes années je me trouvais téléportée. Je goûtais à nouveau le plaisir d’arracher un des angles en carton d’un berlingot de lait concentré pour en aspirer la sève,

la joie de trébucher délibérément sur les graviers du jardin pour me voir collé sur le genou un pansement Winnie l’Ourson,

et l’émotion de chausser des lunettes en carton pour regarder une éclipse de lune, le sourire jusqu’aux oreilles.


Enfant et pré-adolescente, j’avais dévoré Oh boy ! (2000), et m’étais emportée pour Vive la République (2005). J’avais littéralement englouti L’assassin est au collège (1992) et m’étais passionnée pour les aventures d’Emilien dans Baby Sitter Blues (1988).

Et quelle n’avait pas été ma joie de recevoir lors de sa parution Miss Charity (2008), un énorme pavé comme je les aimais déjà alors à la couverture magnifique… et je ne vous parle même pas de la richesse des aventures vécues avec mon lapin en peluche « Monsieur Pinpin » nommé ainsi en honneur de Simple (2010).

Vous avez, somme toute, accompagné mes jeunes années comme peu d’autres auteurs l’ont fait.

Et je crois bien ne pas être la seule dans ce cas là.


Alors quand par hasard, dans une des allées de la bibliothèque que je fréquente, ma fille de 4 mois bien installée dans son porte-bébé tout contre ma poitrine, mes yeux se sont posés sur votre En nous beaucoup d’hommes respirent, mon sang n’a fait qu’un tour ! Ma journée était faite, ma joie à son paroxysme : j’avais entre les mains le jouet Kinder Surprise qui manquait à ma collection, la fève cachée dans la frangipane de la galette des rois, la petite feuille en pâte d’amande posée sur le glaçage du gâteau.

Petit intermède destiné à tout lecteur de ce blog autre que Marie-Aude Murail - à laquelle ce papier est spécialement adressé:


Entre nous beaucoup d’hommes respirent n’est pas un livre destiné à la jeunesse (même s’il a la générosité, la simplicité, l’authenticité et l’accessibilité de tous les romans de Marie-Aude Murail). C’est une sorte d’autobiographie familiale que les Editions L’Iconoclaste présentent ainsi :

Des photos, des menus de mariage, des mèches de cheveux, des images pieuses et des liasses de lettres ficelées… Voilà le trésor que Marie-Aude découvre en vidant la maison de ses parents. C’est toute l’histoire de sa famille qui se dessine alors : il y a Raoul tombant fou amoureux de Cécile avant son départ pour les tranchées, il y a Gérard le poète qui rencontre Marie-Thérèse dans le Paris libéré, il y a aussi celle qu’elle fut, et ses mots de dix-huit ans à Pierre, qui deviendra son mari…Toutes ces nouvelles que l’on se donne et ces secrets qui se trament, ces fêtes, ces maisons, les naissances et les deuils. Une vie française sur trois générations, tressant trois histoires d’amour, de la Grande Guerre aux années 2000.

Marie-Aude se joue avec humour de ses souvenirs, elle retourne sur les lieux de son enfance, voit combien ces destins l’ont nourrie, elle, la femme libre devenue écrivain. Et l’accompagnant, nous suivons cette enquête intime, dont le souffle romanesque nous emporte.

Retour à l’éloge :


Inutile de dire qu’une fois de plus, Marie-Aude Murail, et quelques quinze années plus tard, vous m’avez transportée. De joie, d’ivresse, d’amour et de douceur.

J’ai aimé m’enfoncer dans votre prose comme dans un coussin moelleux, retrouver votre sensibilité, votre intelligence des mots et de la vie.

J’ai adoré faire connaissance avec votre famille, aussi truculente qu’attachante et ai savouré chacun de ces instants d’enfance revenus subitement sur le bout de ma langue – vos pages sur vos jeunes années sont une merveille et ont fait naître en moi un réel ravissement (le mot est faible).

Et quelle joie de mettre aujourd’hui un visage (et une histoire) sur la femme qui n’était alors pour moi que l’écrivaine de mon enfance !


Je referme En nous beaucoup d’hommes respirent et voilà que mon cœur déborde d’amour pour celle que vous avez été, que vous êtes et que vous resterez, la « maman » de générations d’enfants devenus grands qui n’ont rien trouvé de mieux que de se blottir entre les pages de ces objets magiques que sont les livres.


« Ce qui m’étonne un peu car on ne nous punissait pas.

Si, tout de même, une fois. Papa m’a enfermée dans un placard le jour où je me suis roulée par terre parce qu’on n’avait pas coupé mon orange dans le bon sens.

Les adultes s’énervent pour des riens. »


Alors je fais ici la sincère promesse de mettre entre les mains de ma fille, lorsqu’elle en aura l’âge, les plus beaux de vos romans.

Car je veux lui donner tout ce qu'ils m'ont un jour transmis :

L’amour, la joie, l’humour et la simplicité,

La vie intérieure et les rêves éveillés,

Le goût des mots et des doudous qui parlent,

Des jouets qui se meuvent et des poèmes invisibles.

Je veux que lui soient chuchotés tous les secrets contenus dans les livres,

que sous la pulpe de ses doigts s’éternisent les langueurs du papier

et dans sa narine l’odeur de l’encre à peine déposée.


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