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Les femmes aussi ont fait l'Histoire, Titiou Lecoq.

Dernière mise à jour : 18 déc. 2023


Comme j’aurais aimé, petite fille, adolescente, et jeune adulte, avoir ce livre entre les mains! 

J’en aurais rêvé, je l’aurais désiré au plus profond de mon cœur.

Car je le sais, je n’aurais pas été celle que je suis si ces mots étaient tombés sous mes yeux plus tôt. 


Petite, je ne percevais pas qu’à l’école, dans les livres, dans les médias et dans la rue, on ne me racontait que l’histoire des hommes. Cela ne me posait pas de problème puisque je n’envisageais pas autre chose. L’Histoire avait été faite par les hommes, un point c’est tout. 

Aujourd’hui, alors que j’enchaine les lectures féministes, toutes plus passionnantes les unes que les autres, je réalise que j’ai été victime d’une vaste tromperie. 

Et je ne suis pas la seule! Toutes et tous, nous avons appris que si le monde est ce qu’il est, c’est parce que des hommes avaient agit, dit, écrit, produit, qu’ils s’étaient battus, avaient milité et résisté. 

Pourtant, la moitié de l’Humanité (c’est beaucoup, n’est-ce pas?) avait été effacée du tableau comme du récit collectif. Etait-ce parce que cette moitié (les femmes) n’avaient pas pris part à cet immense mouvement? Aux avancées, aux luttes, combats, productions, écrits? 

Non. 

C’était simplement parce qu’elles avaient tout bonnement été effacées dudit récit. 

Dans un processus conscient. Volontaire. Politique. 

J’insiste: 

CONSCIENT

VOLONTAIRE

POLITIQUE. 

Il fallait maintenir les femmes dans une position d’infériorité, de faiblesse (physique, intellectuelle, psychique) pour assoir le système patriarcal et éviter qu’elles ne découvrent que d’autres avant elles avaient été pleinement actrices de leur destinée et de celle du pays qui les portait. 


Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’ai fait un article similaire au sujet d’un autre livre de Titiou Lecoq: Les grandes oubliées, Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes,

un livre absolument essentiel que je recommande à toutes et tous. De ce livre a découlé celui dont je vous parle aujourd’hui. C’est sa version jeunesse si l’on veut. 

Et croyez-moi, Les femmes ont aussi fait l’Histoire est tout aussi réussi. S’il s’adresse d’abord à la jeunesse, il mériterait de se retrouver entre toutes les mains - adultes comprises. 


Vous savez pourquoi? 

Figurez-vous que j’ai réalisé que malgré les nombreux essais féministes que je lisais, les centaines de portraits de femmes que j’y découvrais, je ne parvenais pas à les mémoriser et à en garder trace dans mon esprit. 

Pourquoi? 

Parce que j’avais une mauvaise mémoire? 

Et bien non. J’ai plutôt une très bonne mémoire, d’ailleurs. 


Mais il se trouve que ce que je lis aujourd’hui (des essais historiques et sociologiques féministes) est ce que j’aurais dû lire enfant. Ce que l’on aurait dû me rabâcher, années après années, à l’école, au collège, au lycée. Ce que j’aurais fini par savoir, sans même m’en rendre compte, parce que j’aurais eu à lire et voir des dizaines de textes, de pièces de théâtre, de films… Des productions qui se seraient adressées à la partie de mon cerveau la plus plastique, celle que les apprentissages modelaient à leur guise. 

Pourtant, ce n’est pas cette Histoire que l’on m’a alors racontée et rabâchée. Ce n’est pas cette histoire que mon cerveau s’est entrainé à mémoriser depuis ses plus tendres années. 

Résultat des courses, les noms de ces femmes se perdent et se mélangent. Leurs plus hauts faits aussi. 


Alors je me suis dit : et si je lisais un livre qui s’adressait à la jeunesse (et donc à cette part de mon cerveau anciennement plastique et malléable), l’effet n’en serait-il pas décuplé? 

Et bien figurez-vous que si! 


J’ai plus appris (et retenu) entre ces pages qu’entre les centaines qui l’avaient précédées. 

Par exemple: 

Je sais que si l’on parle des hommes préhistoriques et non des femmes préhistoriques (que l’on imagine vaguement comme des cueilleuses patientes recueillies au fond des grottes, un enfant accroché à la mamelle) c’est parce que cette période a été redécouverte au XIXème siècle - probablement le siècle le plus misogyne que l’Humanité ait connu - et qu’on y a collé la vision d'alors. 

J’ai appris qu’Ulysse, Achille et Hercule n’étaient pas les seuls héros que l’Antiquité avait imaginé, Atalante les dépassait tous. 

J’ai découvert qu’au Moyen-âge, les femmes étaient nombreuses à régner, exercer un art (artisanat, médecine, eutocie…), bâtir, s’épanouir dans la cité. Elles n’étaient nullement cantonnées aux foyers.

Qu’à cette période a succédé la Renaissance. Une période de lumières et d’avancées, nous apprend-on. Pourtant, l’obscurantisme le plus abjecte y est également né. C’était, pour les femmes, le début du « grand renfermement ». Au choix, elles devenaient bonnes à rien ou dangereuses, accusées de sorcellerie dès qu’elles étaient jugées trop libres ou trop savantes, renvoyées dans les maisons. 

Et même celles qui parvenaient à sortir leur épingle du jeu, comme Catherine de Médicis, se sont vues collées au XIXème siècle une légende noire (merci monsieur Dumas!). Ainsi, cette reine qui avait, sa vie durant, mené une politique de réconciliation entre protestants et catholiques, n’était plus qu’une sombre empoisonneuse, accusée des pires maux et des actes les plus retords. 


Et puis Voltaire, vous connaissez? Vous saviez qu’il avait copié (littéralement) certaines de ses plus grandes pièces sur celles d’une autrice éminemment connue à l’époque, Catherine Bernard? Et Jean de la Fontaine, ça vous dit quelque chose? Et bien figurez-vous qu’il a fait de même à partir des fables d’une certaine Marie de France. Mais ça, tout le monde l’a oublié. On a préféré se souvenir des auteurs que des autrices, aussi douées étaient-elles. 

Des autrices. Un lien tout trouvé avec les fameux noms de métier sur lesquels on s’écharpe encore aujourd’hui. Saviez-vous qu’au Moyen-âge, les doctoresses, les orfèvresses, les agentes et les tavernières, étaient légion? 

Et bien figurez-vous qu’au XVIIème siècle, l’Académie Française a décidé que ces mots n’auraient plus droit d’être. Et par là même, nombres de ces femmes se sont vues interdites d’exercer. Hop, une pierre deux coups! Quiconque se penche un instant sur l’histoire du métier de sage-femme constatera l’arnaque du siècle! Les Académiciens en ont même profité pour inventer des règles grammaticales qui n’existaient pas alors, comme la bien célèbre « le masculin l’emporte sur le féminin ». Fastoche, non? 


Les femmes ont aussi été à l’initiative de la Révolution Française, c’est par elles que la situation s’est débloquée et c’est encore par le sacrifice de l’une d’entre elles, Charlotte Corday, que le bain de sang qui s’ensuivit a pris fin. 

Au début du XIXème, le Code Napoléon s’est empressé de les calfeutrer dans leurs maisons, de les cantonner à la sphère familiale en les emprisonnant par là-même sous des tonnes de tissus, cerceaux et corsets. 


Infatigables, elles ont malgré tout continué de se battre pour passer le bac, aller à l’Université, obtenir le droit de vote. Pourtant, personne ne se souvient aujourd'hui de Julie-Victoire Daubié, de Maria Deraismes ou de Marguerite Durand. 

Après la première guerre mondiale, Louise Weiss avait beau faire les gros titres des journaux pour ses actions militantes en faveur du droit de vote des femmes, je n’en avais jamais entendu parler avant ce jour. Les députés avaient alors d’autres plans pour les femmes: leur faire faire des bébés, pour repeupler la France, et créer un nouveau modèle: la femme au foyer. 


Et puis nous sommes nombreux.ses à connaître le célèbre architecte Le Corbusier. Pourtant, vous saviez que c’était l’une de ses employées, Charlotte Perriand, qui était à l’origine de nombre des pièces de design qui ont fait son succès?

Et la Résistance, pendant la deuxième guerre mondiale, parlons-en! Les maquisards, Jean Moulin et autres hommes portant de longs manteaux et évoluant dans l’ombre… et bien figurez-vous que l’immense majorité des Résistants étaient des Résistantes. Sauf qu’elles ont agi dans l’ombre et qu’elles n’ont pas réclamé de médailles à la fin de la guerre. Citons Yvonne Oddon, à l’origine même du nom « Résistance » ou Emilienne Moreau-Evrard (entre autres, vous l'avez compris). 

Le droit de vote (enfin) obtenu, ce sont elles encore qui se sont battues pour disposer de leur corps comme elles le souhaitaient. Heureusement, nous n’avons pas oublié Gisèle Halimi et Simone Veil. 


Aujourd’hui, le mouvement #metoo l’a montré, les femmes continuent de se battre pour le droit de dire "Non",

pour celui de ne pas faire d'enfants,

ou de mener une carrière,

celui de faire ce qu'elles veulent de leur corps, de leurs kilos et de leur pilosité,

pour le partage de la charge mentale et contraceptive, du travail domestique,

pour celui de pouvoir se promener dans la rue, habillées comme elles le souhaitent, sans se faire agresser,

celui d'être reconnues pleinement à l’égal des hommes (ni plus bêtes, ni plus sensibles, ni moins scientifiques, ni moins rigoureuses…et ce, dans tous les secteurs de la société). 

C’est cela le féminisme. 


Ainsi c’est toute l’Histoire qui est à réécrire. 

Et ne pas se contenter simplement d’ajouter un encart, en bas à droite des pages des manuels scolaires, avec « la femme qui a marqué l’époque » comme s’il s’agissait d’une exception. Mais bien d’inclure. De lier ces deux histoires pour n’en faire plus qu’une. 

Vraie. 

Complète. 

Je souhaite que toutes et tous vous lisiez ce livre. Que vous, parents, mères, pères, l’ouvriez avec vos filles et vos fils. Que cette spirale infernale cesse, que le patriarcat s’effondre et qu’enfin, filles et garçons, puissions-nous vivre ensemble, portées par les mêmes jambes, avec les mêmes perspectives. 

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