Lázár, Nelio Biedermann.
- loudebergh
- il y a 21 heures
- 2 min de lecture

À 22 ans seulement, il est devenu la coqueluche du monde littéraire. Propulsé au sommet des classements, traduit dans plus de 20 langues avant même la sortie officielle de Lázár, le Zurichois Nelio Biedermann compte aujourd’hui parmi les belles histoires que le monde de l’édition parvient encore à faire naître. Bien loin des romances qui emplissent aujourd'hui les rayons de nos librairies, Biederman fait le pari du roman historique et nous raconte ses ancêtres hongrois.
C’est aussi audacieux que merveilleux,
on en redemande.
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Les Lázár règnent sur leurs terres hongroises depuis des générations. Dans leur château aux abords de la forêt qui rend fou quiconque y pénètre, ils cèdent à tous les vices et ne vivent que pour assouvir leurs désirs. Mais l'ancien ordre s'effondre, et les jours de la monarchie des Habsbourg sont comptés.
Lorsque Lajos von Lázár hérite, ils ont enfin un baron capable de raviver les splendeurs passées, mais ses talents ne sont pas suffisants pour les mettre à l'abri des ravages de la guerre et de l'occupation. Il appartiendra à ses enfants – un garçon qui parle aux ombres et une fille prête à tout pour faire oublier son sang bleu – de faire les premiers pas hésitants vers la liberté.
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Nelio Biedermann parvient à donner corps à un roman historique d’une façon absolument moderne. On voit que l'auteur a 22 ans et que le regard qu’il porte sur les choses, les êtres et le monde est loin de celui qui berce encore nombre de romans historiques contemporains.
J’ai été subjuguée par sa capacité à regarder ses sujets en profondeur et en détail, être porté par un reflet ou un souvenir, laisser son texte suivre des méandres sinueux parfois mais résolument novateurs. L’histoire suit son cours, tranquille, laissant certains personnages de côté – comme la vie se charge de le faire parfois – soutenant le regard d’autres, entrelaçant la grande et la petite Histoire avec maestria.
Dès les premières pages, nous voilà ferré.e.s : ce manoir, cette forêt mystérieuse et la douleur, tapie partout. J’ai aimé son attention portée à l’intériorité des personnages, à leurs souffrances, leurs errements. J’ai rarement lu la dépression comme entre ses pages : toute en pudeur et tellement ravageuse pourtant. Le souffle est épique mais la manière de le donner à lire d’une immense subtilité. Rien est dit, tout est évoqué, montré, induit. Le résultat en est sublime. Tristesse et mélancolie sans cesse s’entrechoquent, le bruit des bottes couvre à peine les taches de lumière, mais soudain : un formidable espoir. Voilà la fin d’un monde, là le début d’un nouveau. Si pour certains.es, le pas sera impossible, pour d’autres il sera l’unique chemin.
Par une narration ample et saisissante, Nelio Biedermann nous transporte dans les circonvolutions du vingtième siècle hongrois. Un siècle heurté et abjecte mais à jamais porteur d’immenses espérances.
(Lázár sera traduit en français aux éditions Belfond en août 2026. Il est pour l’instant lisible en allemand et en anglais, langue dans laquelle je l’ai découvert.
Francophones, armez-vous de patience!)




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