Mordre l'orage, Isabelle Pandazopoulos.

Mordre l’orage n’a pas seulement l’allure du coup de poing, de la gifle, de l’embardée.
Il est le coup de poing, la gifle et l’embardée. Il est l’abjecte et le sublime, le ravageur, le colérique, l’abîmé et le plein de ce que l’Amour et la Peur font ensemble de plus beau.
Mordre l’orage m’a dévorée de l’intérieur. Il m’a prise, emportée, subjuguée. Il m’a beaucoup renvoyée à moi même, à mon rapport à la vie et a été, le temps de sa lecture, mon absolu.
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Fanny est une femme enflammée et combative. Elle transmet son goût de la littérature dans un collège avec la ferveur des croyants. Tout ce qu’elle a construit, elle le doit à une volonté farouche de vivre malgré l’adversité. Car Fanny porte en elle le lourd secret d’une enfance saccagée. Mariée depuis vingt ans, mère de deux enfants, elle a gagné sa part de bonheur en choisissant d’enfermer les souvenirs douloureux dans la cave de sa mémoire. C’est ainsi qu’elle tient, debout et droite, armée de sa colère et de ses convictions…du moins jusque’à cet appel lui annonçant la mort de sa « mère », et qui va tout faire exploser.
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D’une intensité confondante, d’une sagacité folle et débordant d’une rage incommensurable, Mordre l’orage m’a complètement retournée – c’est ce que l’on demande à la Littérature, me direz-vous, si tant est que l’on essaye de lui demander quoi que ce soit.
Car Mordre l’orage est un roman sauvage. Oui, c’est exactement cela : sauvage.
Il en a toute les qualités du moins : la liberté, l’outrecuidance, la folie, la rage. La précision, le calcul, les émotions jamais tapies, toujours prêtes à vous exploser au visage, vous éclabousser. Et grand dieu que c’est bon.
J’ai plus que tout aimé Fanny – si difficilement aimable pourtant – la femme ravagée, mille fois abandonnée, excessive, silencieuse, décidée. Et c’est les larmes coincées dans la gorge que j’ai terminé son histoire, chancelante devant cette femme capable du plus grandiose des amours.
J’ai aimé son rapport aux livres – cette ossature, cette nécessité – j’ai aimé la bibliothèque intérieure qu’elle s’était forgée, son rapport aux adolescents et à ce qu’elle jugeait bon de leur faire lire. Grâce à elle, j’ai redécouvert des pépites de la Littérature jeunesse qui ont fait la lectrice que je suis aujourd’hui (mais que j’avais quelque peu oubliées). J’ai été émue par ses angoisses, ses peurs comme des boulets accrochés à ses chevilles, ses cauchemars. J’ai été touchée par sa volonté, ses idées, sa ténacité et l’amour qu’elle portait à ses enfants. J’ai aimé son audace enfin, son sérieux, sa hargne, son camion rempli de livres et sa tête de pages.
J’ai aimé Mordre l’orage comme on aime un enfant : absolument. Dans tout ce qu’il est.
C’était dur, doux, vertigineux aussi. J’y ai vu la maternité traitée dans une fiction plus grande que la vie, un roman plein de feu, le portrait d’une femme à vif et à jamais blessée, mais porteuse d’un désir inextinguible. Une magnifique manière d’explorer les rouages de ce qui nous a été donné et que l’on transmet à son tour.




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