Si nous n'étions captives, Cécile Chabaud.
- loudebergh
- il y a 15 heures
- 2 min de lecture

Si Si nous n’étions captives de Cécile Chabaud pèche quelque fois par son caractère un brin trop scolaire, il n’en constitue pas moins une plongée passionnante en cette fin de XVIIIème siècle français, et c’est avec un immense bonheur que l’on s’enfonce dans des décennies charriées par les révolutions, les répressions sanglantes, les restaurations et les idées des Lumière. Conteuse exceptionnelle, femme de Lettres avant tout, l’autrice se révèle dans ce roman la formidable artisane d’un destin hors du commun, celui de Madame de Duras.
*
Décembre 1823. Paris est en ébullition. Ourika, un roman anonyme prônant l'égalité des races, vient de paraître et suscite un engouement sans précédent. Partout, on se l'arrache.
Inspiré par le destin tragique d'une enfant esclave sénégalaise ramenée en France, ce livre réussit l'impossible : fédérer toutes les sensibilités, politiques, littéraires et sociales.
Derrière ce succès phénoménal se cache un auteur inattendu : la duchesse Claire de Duras, célèbre aristocrate portée par ses idéaux qui, puisant dans ses propres souffrances, a mis son écriture au service d'une cause universelle.
Des comptoirs de traite africains aux salons de Saint-Germain, des massacres de la Terreur aux ors de la Restauration, Si nous n'étions captives retrace l'histoire de l'un des premiers best-sellers de la littérature. C'est surtout un hommage à deux femmes injustement oubliées : une humaniste convaincue, pionnière de l'antiracisme, et une enfant déracinée, symbole d'un peuple martyr.
*
C’est une période que l’on trouve peu en Littérature. Et l’histoire dont Si nous n’étions captives se fait la prophète est largement méconnue. Servie par une langue à la richesse incomparable, elle nous interroge et nous grandit. Car au sein du cortège de femmes que l’Histoire a soigneusement oubliées, Madame de Duras a bonne place, et l’on s’étonne de découvrir, à la fin de roman, que son nom ou celui d’Ourika figure dans les écrits de Balzac, d’Hugo, de Césaire, de Flaubert. Pour tous ces hommes dont on connait aujourd’hui la postérité, l’Ourika de Madame de Duras fut un texte important. Chateaubriand lui doit une immense partie de sa carrière politique. À lui les lumières et les honneurs. À elle : l’oubli.
Voilà pourquoi des récits comme celui-ci sont nécessaires. Outre leurs qualités historiques (qui font de cette plongée littéraire une traversée passionnante et instructive), ils sont importants politiquement parlant. Parce que l’Histoire, la Grande, celle avec un grand H, cette Histoire dont on garnit nos livres ne serait rien sans les femmes qui l’ont faite. Et la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème siècle parisien n’aurait pas eu le même visage sans Madame de Duras, cette autrice et salonière reconnue, qui toute sa vie se jura de lutter pour l’égalité entre les êtres humains.
Alors merci Cécile Chabaud pour cette lecture passionnante. J’ai déjà réservé Ourika à la bibliothèque la plus proche de chez moi.




Commentaires