Hamnet, Maggie O'Farrell.
- loudebergh
- il y a 13 heures
- 3 min de lecture

On l’a dit partout, ce roman est d’une beauté folle. Une splendeur résidant tant dans l’écriture qui constitue son écrin que dans la succession de relations exceptionnelles qui la parsèment : celle d’un frère et d’une sœur unis par un lien aussi doux qu’indéfectible, celle d’une femme avec une terre et tous les êtres qu’elle porte, celle d’un couple grandi par un amour plus immense que le monde et marqué par un deuil impossible. Données à lire dans une plume toute en théâtralité et en finesse, elles sont l’incandescence dans sa plus pure acception.
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Un jour d’été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide. Agnes, leur mère, veuille des herbes médicinales dans les champs, et leur père est à Londres pour son travail. Tous deux sont inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir…
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J’ai découvert ce tendre portrait du fils de William Shakespeare il y a quelques mois lorsqu’un client venu à la librairie dans laquelle je travaille et qui le terminait tout juste m’a dit : je veux un livre comme celui-ci, un livre dont la lecture est aussi belle que ne l’a été celle d’Hamnet…parce que voyez-vous, en ce moment, j’ai envie de pleurer et qu’entre les pages d’Hamnet, j’ai pleuré comme un beau diable. Et figurez-vous que j’ai terriblement aimé ça.
Alors j’y suis allée de mes conseils en matière de « livres qui font pleurer », mais j’ai gardé le témoignage de ce jeune homme dans un coin de mon cœur pendant de longs mois. Et quand j’ai enfin eu l’occasion de faire mien ce texte, c’est à pieds joints et les larmes parées à l’abordage que je m’y suis jetée.
J’ai d’abord été frappée par la langue de Maggie O’Farrel, une langue qui m’a fait penser, par sa précision, son expressivité et son intransigeance, aux didascalies dans les pièces de théâtre – et étant donné le sujet du roman, j’imagine que ce n’est pas fortuit. J’ai souvent eu le sentiment de voir les personnages de déployer (littéralement) sous mes yeux comme s’ils m’étaient donnés à connaître dans la description d’un metteur en scène omniscient. J’ai vu la course de l’un dans une rue bondée, la montée de l’autre dans un escalier étroit, le ramassage de telle ou telle plante par une main amie, la caresse de ces doigts sur une joue ronde d’enfance. Je l’ai vu avec une acuité folle, avec une précision inconcevable, et c’est sans peine que je me suis fondue dans l’Angleterre de cette fin du XVIème siècle.
J’ai trouvé une humanité incroyable dans ces personnages rassemblés, un amour incommensurable les unissant, et une férocité dans ce lien, un absolu. Aussi, c’est douloureusement et dans ma chair que j’ai partagé leur souffrance : cet impossible adieu, l’inimaginable fait corps en la perte d’un enfant qui a donné sa vie pour sauver celle de sa sœur jumelle. J’ai aimé cette humanité, cette bonté, cette grandeur d’âme, cette candeur. Et ce couple!, que plus rien ne semble tenir si ce n’est la peine ultime et l’amour pour un enfant perdu.
J’ai parfois, au cours de ma lecture, eu à l’esprit les traits de l’une ou de l’autre de mes filles dans les draps que la tragédie inondait et alors mon cœur s’est serré et les larmes ont point. Parce qu’il était question de l’impensable et qu’entre les pages d'Hamnet, il faisait Littérature.




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