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The dream hotel, Laila Lalami.

Photo du rédacteur: loudebergh
loudebergh
il y a 2 heures
2 min de lecture

Ann Patchett, l’immense autrice américaine que l’on ne présente plus, a qualifié The Dream Hotel de Laila Lalami de « brilliant ». Il ne m’en fallait pas plus pour y plonger tête la première, sachant dès les premières lignes que j’avais entre les mains un grand roman d’anticipation : de ceux qui vous font froid dans le dos parce qu’ils disent avec une intensité folle de quoi seront faits nos lendemains si nous laissons l’aujourd’hui s'engouffrer dans la voie qu'il semble s'être choisie. Par une narration au cordeau, Laila Lalami nous étreint et nous tient, du début jusqu’à la fin, et ne nous libère que de longues heures plus tard,  pantois.e et abasourdi.e. 


*


À l’aéroport, en rentrant chez elle après un congrès professionnel, Sara est interpellée par des agents de l'Administration d'évaluation des risques. Leur algorithme a déterminé qu'elle représentait une menace immédiate pour son mari et qu'elle devait être placée en observation dans un centre de rétention pendant vingt et un jours. 

La preuve ? Des données recueillies à partir de ses rêves. 

À son arrivée au centre, elle découvre que le moindre écart par rapport à leurs règles strictes et sans cesse changeantes – une flânerie dans un couloir, une coiffure non conforme – entraîne la prolongation de son séjour. Désespérée de retrouver sa famille, Sara doit faire un choix. Va-t-elle se plier à leurs règles, ou prendre le risque de prendre les choses en main ?


*


La littérature ne doit rien en soit. Mais quand elle peut faire office de garde-fou, on s’en félicite. Parce qu’elle devient absolument nécessaire. Salutaire. Irremplaçable. 

Elle nous permet de penser des mondes autres et pourtant pas si lointains, des avenirs plus sombres, des embellies. Elle nous maintient la tête hors de l'eau et nous force à regarder ce que l’on ne veut pas voir. Ce que l’on évite placidement. Ce au sujet de quoi on rigole, mi-inquiet, mi-amusé. 


Laila Lalami réussit le pari de nous donner à lire un monde dont on ne veut pour rien au monde mais vers lequel on ne cesse – tous, collectivement, volontairement – de se diriger, appelant de nos vœux l’objet qui va, une fois de plus faciliter notre vie. Mais que sera devenue la vie lorsqu’à force de s’être vue facilitée elle aura perdu toute sa substance? Sa moelle? Sa saveur? Que serons-nous devenus lorsque l’on aura délégué à des machines toute capacité à penser, réfléchir, aimer? Dormir, qui sait? Que seront devenus les morceaux d’humanité que nous sommes lorsque la surveillance généralisée se sera immiscée jusque dans nos rêves? 

Voilà ce dans quoi Laila Lalami nous met le nez . Et croyez-moi, vous ne pourrez vous empêcher d’y songer souvent une fois la dernière page refermée. 


À l’exception d’une fin un peu rapide et de l’insertion du personnage de Julie qui me semble tomber comme un cheveu sur la soupe, The dream hotel est une dystopie méticuleusement construite, un texte intelligent et captivant, savamment orchestrée et délicieusement dérangeant. Il nous force à regarder droit devant nous ce que l’avenir nous réserve – terrifiant si nous continuons à n’y prendre pas garde. 


Ce livre n’a pour l’instant pas été traduit en français. 

 
 
 

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Louise DE BERGH, Chardonne. 

loudebergh@gmail.com

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