Trilogie Alma, Timothée de Fombelle.

Véritable merveille que cette immense fresque pour la jeunesse! Enlevée par un souffle hors du commun, portée par des personnages inoubliables, traversée par une Histoire avec un grand H dont on ne se repaît jamais, la trilogie Alma de Timothée de Fombelle est un sans faute dont on ressort avec peine. Parce qu’il est difficile de quitter une langue comme celle-ci – évocatrice, sensible, poétique – des personnages comme ceux-là – grandioses, complexes, terriblement vrais – et une narration comme celle que nous donne à lire l’auteur que l’on ne présente plus – dense, admirablement construite, aussi érudite que passionnante.
Difficile d’en tracer ici les grandes lignes tant elle bruisse et fourmille. Mais sachez simplement que tout commence lorsqu’en 1786 sur les côtes Africaines, la jeune Alma part à la recherche de son petit frère mystérieusement disparu. Sa route croisera celle d’un jeune garçon clandestinement embarqué sur un navire négrier, celle de la fille d’un riche armateur et d’une kyrielle d’autres personnages tous plus exceptionnels les uns que les autres. Il y sera question de liberté que l’on perd et que l’on arrache, de traite négrière et de la révolution, mais aussi et surtout d’amour, d’aventure et de quête, aux quatre coins du monde.
Je me suis suis toujours envisagée comme une lectrice d’unitaires. Les sagas, ça n’était pas pour moi. Je suis un peu trop vorace en matière de lecture, voyez-vous, la curiosité en étendard et l’impatience jamais bien loin. Aussi, je regarde les séries avec un mélange d’envie et de certitude que je n’en viendrai, de toute façon, jamais au bout. Je me connais. Je lis le tome 1, j’envisage le 2 avant de passer à autre chose, un autre univers, de nouvelles passions.
Mais cette fois, il faut croire que Timothée de Fombelle a été plus fort que mes certitudes. J’avais entamé le premier opus parce qu’il était en lien avec des recherches que je faisais pour l’écriture de mon quatrième roman et je n’en suis plus ressortie avant d’avoir fait miennes les quelques 1400 pages que constituent la trilogie. Il n’en fallait pas moins, et j’aurais continué sans peine si cela avait été possible.
C’est même avec une profonde tristesse que j'en ai refermé le troisième tome ce matin. Par cette elle, j’ai vu l’immense pouvoir de ces exceptionnelles sagas: vous donner à lire sur le temps long – j’insiste – toute la complexité du monde et de la vie : son caractère touffu, les liens qu’elle met au jour, ces destins qui sans cesse s’interpénètrent. Elles vous donnent la possibilité de voir avec d’autres yeux, de vivre dans d’autres corps, d’envisager le monde autrement, et ce, pendant un temps certain. Inutile de vous défiler, vous êtes ferré.e.s et le resterez de longues pages durant. Vous allez vous attacher, aimer, pleureur et craindre pour votre vie avec d’autres référentiels.
C’est une expérience savoureuse, merveilleuse et passionnante!
J’ai été éblouie par la formidable architecture que constitue cette narration. Parvenir à entrecroiser les destinées de tant de personnages, sans que nous n’en perdions aucun en route et en réussissant à nous les faire tous aimer (ou détester), relève du miracle, croyez-moi. Timothée de Fombelle tire les ficelles avec une telle grâce que l’on ne peut qu’applaudir.
Et cette langue, tranquille, solide et terriblement évocatrice! Les images n’ont cessé d’effleurer mon esprit à la lecture.
J’ai également été très impressionnée par le formidable bagage historique dont s’est armé l’auteur pour convoquer une telle précision, de telles références, et donner à ses romans une atmosphère incomparable. La série est présentée pour la jeunesse et effectivement, j’encourage tous.tes les bon.ne.s lecteur.ice.s à partir d’onze ans à s’y plonger, mais c’est avec un immense plaisir (et énormément d’intérêt) qu’un public adulte s’en emparera également, tant la série brille par la passion qui la porte, l’Histoire dont elle se fait le témoin et la technicité de sa narration!
Magnifique trilogie sur la traite négrière traitée avec une ampleur rare, Alma est un éblouissement. Tout y est : la puissance, le souffle, la beauté des images, la poésie et les fulgurances.
On ne s’y ennuie pas une seconde,
on en apprend à chaque page
et on grandit, oui, on grandit!




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