Le fabuleux piano, Sonia Devillers.

Aussi fabuleux que le piano dont il retrace l’existence, le deuxième roman de Sonia Devillers a tout du diamant brut : une écriture soignée et intelligente, une rigueur toute journalistique au service d’une passion sans commune mesure, un sujet proprement ahurissant et des personnages comme seule la vie sait les tailler. Mélangez le tout, laissez reposer et admirez. Le fabuleux piano trône sous vos yeux dans toute sa grâce et sa puissance.
Et il crie lisez-moi!, il en va de votre humanité.
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Le fabuleux piano est un instrument volé par les Allemands, en 1943, à des juifs qui le cherchent encore… Dans ce vide impossible à combler, Sonia Devillers entend une résonance intime, le souvenir d’un instrument que sa propre grand-mère, forcée à l’exil, a regretté toute sa vie. Elle part alors sur les traces des pianos fantômes pillés par milliers sous l’occupation et transportés jusqu’aux confins du IIIème Reich.
Avec cet instrument de concert, ressurgit l’incroyable destin d’une famille d’éditeurs de musique, les Enoch. Un siècle de partitions, des manuels de Ravel aux ritournelles de Prévert. Les nazis se sont acharnés sur les Enoch, mais ils ont échoué à les réduire au silence. Des douleurs de la guerre va naître une chanson portée par Yves Montant, Les Feuilles mortes : un triomphe mondial.
Le piano disparu continue pourtant de hanter les survivants…
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J’ai au début été passablement gênée par cette écriture toute journalistique, sobre et élégante certes, mais qui me semblait rester en lisière – de quoi, je ne sais –, elle s’accrochait à la vie, au passé, à la réalité, elle collait le réel, mais peinait à faire roman.
Et puis les pages ont filé, je me suis laissée emportée, je me suis attachée – pieds et poings liés. J’ai compris. J’ai grandi. J’ai saisi comment cette prose très circonstanciée, un peu en surplomb malgré le présent employé, était justement ce qui donnait de l’ampleur au texte. Lui faisant dépasser le récit, la vie elle-même. Lui donnant corps autrement. Le magnifiant.
Et puis j’ai été proprement subjuguée par cette histoire. Car l’on a toutes et tous entendu parler des oeuvres d’art spoliées par les allemands, des appartements vidés, mais quid des instruments de musique que l’on s’arrachait alors? Quid de ses pianos pour lesquels les allemands semblaient prêts à tout? Et quid de ces vies a jamais effacées?
Sonia Devillers le rappelle, être privé des choses près desquelles on a vécu, c’est être condamné à vivre avec un vide qui ne passe pas. Parce que le souvenir des morts en déportation ne peut être convoqué, par ceux qui ont survécu, que dans les lieux où parmi les choses où ils ont vécu. Ainsi, les juifs d’Europe n’ont ils pas « seulement » été éradiqués de la surface de la terre, mais c’est même le souvenir de leur présence au monde qui l’a été dans cette infâme spoliation.
Ce livre est en ce sens nécessaire. Il nous rappelle que l’on peut choisir de ne pas oublier. Que l’on peut, encore aujourd’hui, regarder en face (et de tous les côtés), l’abjecte réalité que fut la Shoah.
Il nous rappelle aussi, que l’on se battait pour des pianos et des violons,
parce qu’à jamais leur était greffé un petit morceau d’humanité.




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