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  • loudebergh

Obia, Colin Niel.


Obia de Colin Niel, c’est un polar comme on les aime ; un de ces pavés de 500 pages que l’on dévore en quelques jours, happé par une intrigue magnifiquement ciselée, superbement documentée, diaboliquement précise et définitivement originale.

C’est une enquête policière qui sort très largement du cadre classique qu’impose le genre tout en montant en neige à un rythme haletant grâce à des personnages aussi troubles que fascinants.

C'est aussi un cadre historico-politique – la Guyane d’hier et d’aujourd’hui –passionnant, méconnu et loin de tout stéréotypes.

Obia, c’est une lecture exigeante, un intense moment de recherche et de réflexion. On se plait à tenter de découvrir le coupable, deviner la solution, comprendre l’explication, tout en sachant pertinemment qu’elle dépassera de très loin ce avec quoi notre pauvre imagination se débattait jusque là.

C’est encore un roman où passé et présent ne cessent de s’entrecroiser.

Pour notre plus grand plaisir d’abord,

et notre plus âpre terreur ensuite.

Une histoire complexe et bouleversée, hantée par la mélancolie, le deuil, le mensonge et la folie,

Obia c’est une cabale, enfin, touffue et mystérieuse, servie par un style précis et tendu, qui se plait à se jouer de nous dès l’instant où nous pensons la saisir.

Clifton Vakansie court dans les rues de Saint-Laurent, sa ville natale, sur les rives du Maroni en Guyane. Il court dans un paysage de tôle et de parpaings, en direction de Cayenne et de son aéroport dont le séparent des fleuves qu’il faudra franchir à la nage, des barrages de gendarmerie, des pistes tracées à travers la forêt. Il court pour l’avenir de se petite Djayzie, sa fille qui vient de naître. Il court à travers sa peur, tandis que des jeunes de son âge tombent autour de lui.

Et Clifton a beau être sous la protection de l’obia, il y a à sa poursuite le Major Marcy, un créole qui sait tout des trafics et des hors-la-loi du pays, un homme emporté qui n’a pas volé sa réputation de tête brûlée, et le capitaine Anato, un Ndjuka étrange aux yeux jaunes dont personne ne connaît l’origine.

Clifton l’ignore encore mais sur sa route vont émerger des fantômes. Ceux de la guerre du Suriname, blessures d’un passé encore purulent.

Des fantômes bien vivants.

Entrecroisant les destins de trois jeunes hommes, pris dans le double piège des cartels de la drogue et des revenants d'une guérilla définitivement perdue, Colin Niel ranime le souvenir d’une guerre civile atroce et sanglante qui provoqua, à la fin des années 1980, l’exil de milliers de réfugiés sur les rives françaises du Maroni.

Il nous plonge dans une Guyane qui voudrait tout oublier des spectres du passé sans jamais y parvenir vraiment.

En somme, Obia est un thriller brillant, passionnant et diablement efficace.

De quoi emplir son été de mots gonflés de sagesse, de pages lardées de rebondissements, de phrases débordant de suspense,

le tout parsemé de quelques gouttes encore suintantes d’une Histoire avec un grand H que l’on passe depuis trop longtemps sous silence.

Car c’était en France. Il y a à peine quarante ans.

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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