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  • loudebergh

Paradis perdus, Eric-Emmanuel Schmitt.


Lorsque l’on apprend qu’Eric-Emmanuel Schmitt s’est lancé le prodigieux défi de raconter l’histoire de l’Humanité sous la forme d’un roman,

immanquablement, notre regard s’éclaire,

nos papilles s’émoustillent et notre cœur se gonfle de joie.

Car on le sait, le résultat sera admirable.


Pendant trente ans, il a accumulé les connaissances scientifiques, médicales, religieuses et philosophiques. Il s’est familiarisé avec la vie des femmes et des hommes qui ont fait date dans la grande Histoire, et a appris à donner un sens inédit aux mythes et aux croyances qui bercent, aujourd'hui encore, notre imaginaire collectif.


Paradis perdus est le premier des huit tomes de cette immense Traversée des temps. Noam, le héros, est né il y a huit mille ans dans un village lacustre, au cœur d’une nature paradisiaque.

Le jour où il rencontre Noura, une femme aussi imprévisible que fascinante qui le révèle à lui-même, c’est tout son clan qui s’en trouve bouleversé.

D’autant plus que survient la première grande calamité : le Déluge. Non seulement celui-ci fait entrer Noam-Noé dans l’Histoire mais il détermine son destin en le rendant capable de parcourir les époques.


« Cham possédait le talent de raconter. La chronique qu’il me tint durant trente ans m’envoûta, tant il y brossait exquisément les caractères, les enjeux, les intrigues. Par la qualité de son verbe et de son regard, il transformait tout lieu en décor, toute situation en scène, tout événement en aventure, tout récit en suspense. Qualité suprême, il parvenait à rehausser chaque personne en personnage ; il m’attacha à des êtres que je n’avais jamais vus, que je ne fréquentais pas, dont je me réjouissais d’apprendre le bonheur, dont je pleurais de découvrir le trépas. Cham décrivait peu, il suggérait. Il ne jugeait pas, il présentait. »


Et si nous remplacions Cham par Eric-Emmanuel Schmitt ?

La comparaison n’en serait que plus belle. Car c’est un auteur comme il en existe peu : aussi prolixe que prolifique, aussi génial qu’inattendu. Capable de flirter avec tous les styles, d’évoluer dans toutes les catégories, et toujours avec le même flegme superbe.

Romans, nouvelles, essais, récits, théâtre : il est partout et tout le temps, et de la plus belle des manières.

Alors comment ne pas succomber une fois de plus à ce Paradis perdus ?


N’y a-t-il, vous en conviendrez, plus merveilleux scénario ? Plus grandiose idée ? Raconter l’Histoire de l’Humanité entre les pages d’une immense fresque en huit volumes, il fallait le faire ! Un autre que lui n’aurait osé.

Et puis il y a cette narration ! Subtile, tendue, sur le fil. Aussi documentée que pleine de rebondissements. Quelques phrases et nous voilà accrochés. Arrimés à son verbe, ses mots, ses images.


Avec Noam nous grandissons, nous rêvons et nous aimons.

Nous dormons dans des cavernes et chassons pour l’amour.

Nous baissons les yeux devant le Père et pleurons sur la Mère.

Nous apprenons le pouvoir des plantes et caressons les amulettes de nos ancêtres.

Et nous franchissons les fleuves déchaînés et les époques oubliées.

Page après page, de minuscules lumières s’allument dans notre esprit : les liens sont faits, la magie opère.


C’est passionnant et érudit, vivifiant et chatoyant.

Alors inutile de le préciser sans doute, mais j’attends les tomes suivants avec l’impatience de l’enfant et la curiosité du sage!

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