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  • loudebergh

Poursuite, Joyce Carol Oates


Poursuite de Joyce Carol Oates, ou la perfection faite roman.


Voilà comment aurait pu s’appeler cette chronique si j’avais voulu lui donner un nom.

La perfection faite roman.


C’est joli non ?

Au moins autant que les nuages roses et dodus

qui le jour finissant

S’envolent, fiers tutus,

Sur les eaux claires du Léman.


Mais voilà que je m’égare :

La perfection faite roman, disais-je. Venant de Joyce Carol Oates, c’est assez peu étonnant ! Il n’empêche que si ce n’est pas la première fois que je lis cette écrivaine, aussi prolifique et que brillante,

je dois avouer que Poursuite m’a littéralement envoyée au tapis

ou clouée sur place, c’est selon.


*


De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d’ossements humains dans lequel elle erre à l’infini.

Mais aujourd’hui Abby a vingt ans et, tandis qu’elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l’affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s’engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

Accident ou résultat d’un geste prémédité ? C’est ce qu’essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu’un troublant faisceau d’indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d’Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

De confession en confession, Abby partage avec Willem ce qu’elle n’a jamais avoué à personne : l’histoire de Nicola, sa mère perpétuellement terrifiée, et de Lew, son père jaloux, violent, vétéran de la guerre d’Irak et toxicomane.

Entre les deux, une fillette prise en étau.


*


Si le synopsis est attrayant (et je ne parle pas de la couverture – magnifique, comme toujours chez Philippe Rey), c’est avant tout la maestria avec laquelle Joyce Carol Oates mène son intrigue qui force l’admiration.

La méticulosité de son orchestration.

Le texte, court, est terriblement efficace, ramassé et économe. L’écriture, oscillant sans cesse entre le passé et le présent, est nerveuse et enlevée. Dès le début du roman, le lecteur est pris dans les filets du récit, tenu en haleine. Impossible de le lâcher avant d’en avoir lu les dernières lignes.


"La table de cuisine au plateau en Formica est encore debout, utilisable, quoique recouverte d’une pellicule de crasse. Pendant qu’il déballe les provisions pour les poser dessus, il entend un léger claquement – les dents de Nicola qui s’entrechoquent de froid.

Alors qu’il ne fait pas encore vraiment froid - pas comme il fera froid plus tard, ce soir."


Au fil des pages, notre lecture se pare de frissons, d’inquiétudes et de tourments. C’est glauque, c’est épouvantable,

et tellement violent.

On s’en doute, il va se passer quelque chose de terrible.

Mais l’on ne s’attendait pas à ça. On ne s’attendait pas à tout ça.


Le suspense est entretenu de la plus magistrale des manières, et l’horreur transpire entre chaque phrases.

Alors croyez moi : quand le cauchemar se fait réalité, on ne peut qu’être reconnaissant à Joyce Carol Oates

d’être celle qui en tire les ficelles.

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