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  • Photo du rédacteurloudebergh

L'effet Matilda, Ellie Irving.


L’Effet Matilda, vous connaissez?

Il s’agit d’une théorie développée par l’historienne des sciences Margaret Rossiter en 1993. Celle-ci avait remarqué que les femmes scientifiques profitaient moins des retombées de leurs recherches que leurs collègues masculins et qu’elles voyaient souvent leur travail « volé » par un homme de leur entourage professionnel — celui-ci s’attribuant la paternité, les mérites et les honneurs de leurs découvertes.


Ainsi, nombreuses sont les femmes qui se sont vues évincées des remises de prix, quand il ne s’agissait pas tout bonnement du Prix Nobel. De la physicienne Lise Meitner à la biologiste Rosalind Franklin en passant par l’astronome Jocelyn Bell, ou la doctoresse Marthe Gautier, beaucoup de ces scientifiques n’ont accédé à la reconnaissance que de nombreuses années après leurs découvertes.


La minimisation et le déni de la contribution des femmes scientifiques à la recherche n’est pas un phénomène récent. Au XIème siècle, la chirurgienne Trotula de Salerne écrivait plusieurs ouvrages sur la santé des femmes. Son livre Le Soin des maladies des femmes devint même un ouvrage de référence en matière de gynécologie au Moyen-âge. Pourtant, il fut longtemps attribué à des hommes tant il semblait impensable qu’une femme puisse exercer une fonction aussi prestigieuse.


Plus proche de nous, voici quelques noms de femmes scientifiques qui se sont vues flouées au profit d'hommes:

Rosalind Franklin qui, grâce à ses radiographies de fibres d’ADN, fut la première à découvrir sa structure en double hélice. Pourtant, ce n’est pas elle mais deux hommes (James Watson et Francis Crick) qui obtinrent le prix Nobel pour ce travail.

Mileva Einstein, l’épouse d’Albert Einstein, qui lui fut d’une aide considérable alors que le physicien publiait ses premiers articles. Nombreux sont les biographes à témoigner de l’importance des travaux de Mileva dans les recherches d’Albert. C’était elle d’ailleurs, qui rédigeait les cours qu’il donnait à Zurich en 1909. Mais à mesure que la reconnaissance du physicien augmenta, il s’appliqua à laisser à sa femme le soin d’éduquer leurs enfants, lui enjoignant même après leur divorce de « rester modeste et de se taire » quand à sa participation à leurs recherches.

Marthe Gautier fut la première française à maîtriser la culture cellulaire. C'est elle qui découvrit le chromosome surnuméraire responsable de la trisomie 21. Mais c’est son collègue, Jérôme Lejeune qui, après avoir photographié la découverte de Marthe, pris soin de l’annoncer seul et de s’en attribuer les mérites. Allant même jusqu’à nier complètement la participation de Marthe Gauthier et lancer des huissiers à ses trousses.

L’astrophysicienne Jocelyn Bell, elle, découvrit le tout premier pulsar (une étoile à neutrons émettant un fort rayonnement électromagnétique) en 1967. Mais ce fut son supérieur qui obtient le Prix Nobel de physique pour cette découverte! Et ce n’est qu’en 2018 qu’elle fut récompensée par le prestigieux Breakthrough Prize en physique fondamentale.

Lise Meitner, enfin, pacifiste invétérée et victime de la ségrégation en Allemagne, fut à l’origine de la découverte de la fission nucléaire. Mais c’est son collègue, encore une fois, qui reçu le prix Nobel à sa place. Son nom fut proposé à 48 reprises au comité Nobel, mais jamais elle ne fut récompensée.


*


Elles furent des dizaines dans ce cas.

D’où — j’y viens — l’existence de ce roman pour la jeunesse:

Matilda, douze ans, adore les sciences! Ses héros sont Léonard de Vinci et Marie Curie, et elle passe son temps à imaginer et à fabriquer des inventions géniales. Elle est donc stupéfaite d’apprendre que sa grand-mère était une astrophysicienne et qu’elle a autrefois découvert une planète!

Mais son odieux chef, le professeur Smocks, s’est attribué cette extraordinaire trouvaille…

Pour Matilda, il est hors de question de le laisser s’en tirer et gagner un Prix Nobel.

Elle fera éclater la vérité!
 Elle n’a que deux jours pour embarquer Mamie Joss dans un voyage loufoque et épique jusqu'en Suède…


*


L'Effet Matilda d'Ellie Irving est absolument vivifiant!

Il bouillonne de joie, d’idées, d’intelligence et de grâce et témoigne, pour la jeunesse comme pour les plus grands, de ce qui ne doit plus être accepté. Ce n’est pas parce que les garçons ont appris qu’ils valaient mieux que les filles et que celles-ci ont été socialisées à se montrer modestes et généreuses, à se taire et ne pas faire de vagues, que ce doit rester une fatalité.

Des exemples encourageants doivent être donnés aux filles et aux garçons, afin de modifier les stéréotypes de genre et donner naissance à une société plus juste. Matilda est, en ce sens, une héroïne géniale. Bricoleuse, frondeuse, elle a le sens de l’aventure et ne se laisse pas faire.


J’aurais sincèrement aimé lire ce livre plus jeune.

Si j’avais eu conscience de la porté éminemment politique du ré-empowerment des femmes quant aux carrières scientifiques, j’aurais certainement mis plus de cœur à l’ouvrage sur mes exercices de mathématiques ou de physique.

Aujourd’hui, je ne peux que vous conseiller de le faire lire à vos filles et vos fils, ainsi qu'à toutes les générations à venir!

Donnez leur matière à penser, à rêver et à échafauder, pour faire naître un monde plus juste, plus joyeux et plus libre!


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