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  • loudebergh

L'odeur de l'Inde, Pier Paolo Pasolini.


Qui n’a déjà entendu Béatrice Dalle ou JoeyStarr, sur les antennes de la première radio de France, louer les mérites de Pier Paolo Pasolini ? Expliquer à qui veut l’entendre à quel point l’ami d’Elsa Morante et d’Alberto Moravia avait changé leur vie, bouleversé le cours des choses, et celui de la Littérature avant tout ? Et montrer, sur leurs bras, torse et chevilles, certaines de ses phrases tatouées à l’encre noire ?


Car s’il est clair que ces deux artistes ne se tiennent pas sur la première marche du podium des êtres qui m’inspirent, je dois avouer que l’énergie qu’ils dégagent lorsqu’ils parlent de Pasolini, leur verbe aussi haut qu’admiratif quand ils en citent les phrases et leur verve mystique ne m’ont pas laissée de marbre.


J’avais par ailleurs adoré le roman Dolce Vita (1959-1979) de Simonetta Greggio. Un texte admirable, éclaboussant et passionnant dessinant le portrait infiniment romanesque d’une Italie secouée par les affaires de mœurs, les scandales financiers, les enlèvements politiques et les attentats, et abordant la mort de Pasolini avec brio.

Alors, lorsque mercredi passé, en prenant ma pause déjeuner, mon regard s’est posé sur L’odeur de l’Inde rangée dans un des présentoirs extérieurs de la merveilleuse Librairie de la Louve à Lausanne, je me suis dit qu’il était temps de combler ma lacune, à savoir : lire mon premier Pasolini. Je ne risquais pas grand chose, L’odeur de l’Inde comptait 150 pages tout au plus et, comme disent les enfants, c’était écrit gros.

Voici le synopsis proposé par les Editions Denoël : En 1961, Pasolini fit un voyage avec Alberto Moravia et Elsa Morante. Le livre intensément lyrique qu’il en rapporta n’est pas vraiment un récit, mais une « odeur » respirée au cours de ses errances nocturnes. Les visions de l’extrême misère, les spectacles d’une étrange spiritualité sont pour lui comme autant d’étapes d’une descente au sein d’une humanité primitive, moins éloignée qu’on ne pourrait le croire du décor des Ragazzi ou d’Une vie violente.

S’il est entendu que parler aujourd’hui d’une « humanité primitive » est aussi choquant que terriblement faux, et que certaines des assertions de Pasolini semblent définitivement datées (et c’est tant mieux), nous avons, c’est certain, entre les mains un petit chef d’œuvre stylistique et langagier qui a su me séduire au plus au point. J’ai été conquise par la puissance d’évocation de l’auteur, sa capacité à mettre en mot ambiances et atmosphères, et la beauté de son phrasé.

Si riche de sens. D’odeurs et de bruits.

Avec lui, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le réaliser, nous nous retrouvons propulsés dans les nuits bleutées de Bombay, à l’intérieur des échoppes microbiotiques qui les ceignent et sur les rives d’un fleuve près duquel on brûle les morts dans la joie.


« Et les vaches sur les routes qui se mêlaient à la foule, qui s’affalaient parmi les affalés, flânaient parmi les flâneurs, s’immobilisaient parmi les immobiles : pauvres vaches au pelage maculé de boue, maigres à en devenir obscènes, certaines aussi malingres que des chiens, dévorées par le jeûne, le regard éternellement attiré par des objets voués à une éternelle déception. »


Et comme il est délicieux de voyager dans le temps et dans l’espace sans décoller de son canapé,

de se plonger dans les miroitements crasseux du Gange,

de goûter aux plaisirs et langueurs de l’attente,

de prendre conscience de l’ampleur de la misère à Calcutta

et de la noblesse de la culture indienne,

de humer les odeurs d’un pays aussi riche que complexe,

et de s’allumer sous les feux d’un sourire,

il y a de grandes chances que ce petit roman sache vous emmener plus loin que vous ne pouvez l’imaginer.

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