La nuit, j'écrirai des soleils, Boris Cyrulnik.
- loudebergh
- il y a 32 minutes
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Moi qui écris tant et si facilement sur mes lectures romanesques, je me retrouve bien en peine lorsqu’il s’agit de chroniquer un essai. J’ai besoin de passion pour gribouiller, figurez-vous, il me faut ce suc pour carburer, cette encre bouillonnante pour rédiger.
J’aime d'ailleurs infiniment cette micro-seconde durant laquelle je termine un roman et me rue sur mon clavier, encore dans l’énergie de ma lecture, pour y noter la première phrase de ma chronique.
Or, à l’exception d’essais féministes et /ou sur la maternité (qui m’emportent et me traversent) je ne retrouve pas cette fougue dans d’autres lectures plus scientifiques. C’est plutôt bon signe, me direz-vous, les textes scientifiques n’ayant pas pour vocation de susciter la passion. Et cela ne dit par ailleurs rien de leur qualité (La nuit, j’écrirai des soleils est un texte MAGISTRAL). Cela dit simplement ma difficulté.
Je patine, un point c’est tout.
Aussi, faisons simple, faisons bien. Boris Cyrulnik, vous le connaissez surement, c’est le pape de la résilience, ce concept à la mode que le prêchi-prêcha du développement personnel met à toutes les sauces, sans fondement scientifique aucun.
Sauf que Boris Cyrulnik lui, est neuropsychiatre. Que les références, les études et les sources, il les a et en dispose. Et qu’il nous en fait part magistralement dans ce texte bouleversant. Il convoque les déchirures d’écrivains célèbres et les conjugue à l’aune de ses propres souffrances pour nous convaincre des bienfaits de l’imaginaire, de la puissance du rêve et des pouvoirs de guérison que recèle l’écriture.
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Voilà comment il présente son ouvrage:
« Je sais maintenant, grâce aux récits intimes de mon for intérieur, et aux histoires des enfances fracassées, qu’il est toujours possible d’écrire des soleils. Combien, parmi les écrivains, d’enfants négligés, rejetés qui, tous, ont combattu la perte avec des mots écrits ? Pour eux, le simple fait d’écrire changea le goût du monde. Le manque invite à la créativité. La perte invite à l’art, l’orphelinat invite au roman. Une vie sans actions, sans rencontres et sans chagrins ne serait qu’une existence sans plaisirs et sans rêves, un gouffre de glace.
Crier son désespoir n’est pas une écriture, il faut chercher les mots qui donnent forme à la détresse pour mieux la voir, hors de soi. Il faut mettre en scène l’expression de son malheur.
L’écriture comble le gouffre de la perte, mais il ne suffit pas d’écrire pour retrouver le bonheur. En écrivant, en raturant, en gribouillant des flèches dans tous les sens, l’écrivain raccommode son moi déchiré. Les mots écrits métamorphosent la souffrance ».
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La nuit, j’écrirai des soleils. N’a-t-on jamais lu si joli titre ? Si doux, si tendre, si apaisé ? Si en phase avec la lumière qui éclaire cet essai sage et référencé ?
Celles et ceux qui me lisent régulièrement le savent : j’aime les livres qui parlent de livres et d’auteur.ice.s. J’en raffole même. Aussi, avec La nuit, j’écrirai des soleils, j’ai été servie. J’ai rencontré une foultitudes de textes, une foultitudes d’enfants – enfants devenus grands bien que couverts des cicatrices du passé, des balafres qu’ils avaient sublimées dans d’admirables récits devenus classiques de la Littérature moderne.
Et puis moi, l’enfance, ça me remue toujours le cœur. Je parlais de passion au début de cette chroniques, mais elle a été remplacée par un doux serrement de cœur à la lecture de cet ouvrage. Il y était question de choses que je savais (pour la plupart) mais écrites ainsi, rédigées comme tel, elles m’ont souvent émue aux larmes.
Oui, c’est un sujet qui me touche personnellement. Boris Cyrulnik le met en mots avec une formidable pédagogie et fait preuve d’une tranquillité incroyable dans le déploiement de sa pensée. J’ai été frappée par la finesse de son regard, la psychologie de son propos et la science tapie partout. Parce que c’est bien cela qui distingue les bons ouvrages de psychologie de ceux de développement personnel : les théories qui les sous-tendent et la personne de leur auteur. La nuit, j’écrirai des soleils est un livre devenu culte qui le mérite bien.




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