Le divan des femmes, Elisabeth Roudinesco.
- loudebergh
- il y a 10 heures
- 2 min de lecture

J’ai découvert, il y a peu, dans le roman Et Nietzsche a pleuré d’Irvin Yalom, le personnage de Lou Andreas-Salomé : une femme passionnante, libre et fantasque considérée comme une pionnière de la psychanalyse. Son destin littéraire et philosophique m’a passionnée et sa façon d’être au monde – si révolutionnaire pour une femme de l’époque – m’a littéralement emportée. Aussi, quand j’ai vu son nom apparaître dans le synopsis du formidable essai Le divan des femmes d’Elisabeth Roudinesco, je n’ai pu résister. Ce livre m’attirait depuis sa parution et il ne m’en fallait pas plus pour y sauter à pieds joints.
En replaçant au centre du tableau des femmes parfois oubliées, parfois célèbres, presque toujours minorées, l’autrice faisait œuvre d’historienne et de militante. La voilà se faisant le chantre de l’archéologie d’un bouleversement : à sa création par Freud, en 1908, la Société psychanalytique de Vienne ne comptait aucune femme. Aujourd’hui, elles sont majoritaires dans la profession.
*
Épouses ou amantes des hommes qui composèrent le premier cercle psychanalytique, les femmes durent batailler ferme pour se faire une place dans un univers qui n’avait pas été conçu pour elles, puis s’imposer progressivement comme cheffes d’écoles et créatrices de nouvelles approches de l’inconscient.
Les découvertes, les débats, les controverses qui furent originellement alimentées par l’étude des symptômes et des souffrances de toutes ces anonymes sont racontées ici avec science et pédagogie au long d’un récit passionnant, hommage de l’historienne de la psychanalyse à l’engagement de toutes ces femmes, qu’elles soient devenues célèbres (de Lou-Andréa Salomé à Françoise Dolto) ou demeurées dans l’ombre.
Depuis le berceau viennois de la découverte freudienne, la saga se déploie dans le monde entier – Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres, Paris, New York, Buenos Aires, Rio de Janeiro–, chaque ville générant son lot de personnalités d’exception (patientes ou thérapeutes) et d’avancées cliniques majeures auxquelles les femmes ont pris une part décisive.
Chacun, chacune aussi, au terme de cette lecture bouleversante, reconnaîtra sa dette.
*
Si les rayons des librairies sont aujourd’hui pleins de ces textes rendant hommages aux oubliées de tel ou tel domaine, c’est tant mieux. Histoire, sciences, arts, voilà qu’enfin, on redonne la voix à celle que l’on a soigneusement tenues dans l’ombre des bureaux et des bibliothèques, les silenciant au mieux, leur volant leurs travaux au pire.
Mais les femmes et les filles d’aujourd’hui ne veulent plus ne lire que des livres d’Histoire pleins d’hommes pris dans des querelles d’ego. Elles veulent la lumière et la vérité, et cela ne peut se faire sans les femmes qui y ont participé.
Le divan des femmes contribue largement de cette connaissance mise au grand jour. Se lisant comme un roman – touffu et luxuriant, c’est un hommage superbe que nous livre l’historienne de la psychanalyse : un mémorial des douleurs et des obstinations de femmes partout dans le monde, depuis la Vienne des années 20 jusqu’à l’Amérique latine actuelle, pour faire éclore et grandir cette méthode thérapeutique révolutionnaire qui explore l’inconscient.




Commentaires