Le goûter du lion, Ogawa Ito.
- loudebergh
- il y a 2 heures
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Le goûter du lion d’Ogawa Ito est un roman déchirant.
Parce qu’il y est question de vie qui se termine, de jeunesse arrachée et de jours comptés.
Mais c’est un texte terriblement lumineux aussi. De ceux qui laissent derrière eux une trainée de poudre dorée, comme une griffure étoilée dans un ciel charbon.
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Ce qui fait de ce livre grave et pudique un roman solaire, c’est d’abord le lieu : l’île aux citrons dans la mer intérieure du Japon, qu’il faut gagner en bateau ; et encore, l’image magnifique de l’union de la mer, du ciel, de la lumière : la mer scintillante, illuminée par un incroyable sourire, surplombée par la Maison du Lion, ce lieu de paix où Shizuku a choisi de venir pour vivre pleinement ses derniers jours en attendant la mort.
Avec elle, nous ferons la connaissance de pensionnaires – ses camarades, ses alliés et pour tout dire, sa nouvelle famille – ainsi que la chienne Rokka qui s’attache à elle pour son plus grand bonheur. En leur compagnie, il y aura aussi les goûters du dimanche où grandit peu à peu son amour de la vie quand on la savoure en même temps qu’un dessert d’enfance, une vie qui aurait le goût de la fleur de tofu, d’une tarte aux pommes ou de mochis-pivoines.
L’éditeur ajoute:
Avec la délicatesse d’écriture que nous lui connaissons, Ogawa Ito entraîne peu à peu Shizuku sur un chemin de poésie dont la mélodie possède la voix grave et conciliante d’un violoncelle ; un chemin apaisé comme pour dire la gratitude d’exister.
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J’ai lu l’intégralité de ce roman la gorge serrée – littéralement. Sur le point de pleurer à chaque phrase terminée. Et avec l’impression collée au cœur que cette histoire avait été écrite pour moi.
J’ai cru y lire les plus douces vérités, les plus immenses aussi. Celles qui devraient nous guider, chaque jour que dieu nous donne – le seules d’ailleurs. Et cela m’a remplie d’une joie immense doublée d’une tristesse insondable. Pourquoi, je ne sais, mais il me semble que cela a à voir avec mon inconscient : des phrases qui sonnent si juste que c’en est troublant, les voilà qui ne cessent de résonner dans tout mon être.
« Bien dormir, beaucoup sourire, un corps et un cœur bien au chaud sont les clés d'une vie heureuse. Souriez, Shizuku, souriez. N'arrêtez jamais de sourire. »
Cette Maison du Lion, je l’ai imaginée sous toutes ses coutures. Je l’ai rêvée aussi, elle m’a remplie comme une source une jarre. J’ai goûté ses délices, savouré sa literie, adoré les rayons de son soleil sur ma peau, les reflets de sa mer sur mes pupilles. J’ai passionnément aimé la lumière qui miroitait d’entre ses pages. Et j’ai choyé cette idée comme un joyau : une bonne vie, ce n’est peut-être rien de plus que ça : bien dormir, bien manger, être au chaud et sourire. Sourire.
Voyez-vous, je crois que je vais le relire ce roman. Y revenir souvent aussi. Parce que j'ai le sentiment de n’avoir fait qu’effleurer sa substantifique moelle comme on dit. Je suis certaine que les quelques phrases qui m’ont semblé parfois faciles révélaient une profondeur que je n’ai pas su voir à la première lecture. Une simplicité mirifique et salvatrice. Quelque chose à voir avec la justesse et la pureté. Dans leur plus simple appareil.
Le goûter du lion c’est la grâce faite roman. Une poésie à l’économie confondante apte à faire germer un texte d’une élégance sans fioriture aucune. On est frappé par son harmonie, son humilité et son intimité. Et on ne peut qu’admirer, une larme logée au coin de l’œil.




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