Le Pacte de l'eau, Abraham Verghese.
- loudebergh
- 23 juil.
- 3 min de lecture

Faire siennes 1200 pages d’un roman, c’est plonger – et n’en plus ressortir autrement qu’ébahi.e – dans un monde forgé de toutes pièces dans l’argile de la vie. C’est accepter de ne plus complètement exister ici, de ne plus être qu’ici (au sens ontologique du terme). C’est être (un peu, beaucoup) là-bas, avec ses personnages, partager leur vie, leurs peurs, leurs désirs et ce, sur des années que dis-je, des décennies.
Faire siennes 1200 pages de roman, c’est jeter l’efficacité par la fenêtre, abandonner ses objectifs de lecteur.ice, et laisser le texte vivre et demeurer en nous. Longtemps.
Avec magie, bonheur et admiration.
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Travancore, côte de Malabar, 1900. Une fillette monte à bord d’un bateau qui la conduit à la cérémonie de son mariage. Son futur époux est un bon parti, mais elle découvre bientôt que sa famille est frappée d’une malédiction : à chaque nouvelle génération, au moins une personne meurt noyée – ironie du sort particulièrement cruelle dans cette région du Kerala où l’eau est omniprésente.
Au cours de sa longue et extraordinaire vie, elle connaît joies et douleurs, et assiste aux transformations majeures que traverse son pays. Jusque’à l’arrivée d’une petite fille qui porte son nom et qui, cherchant à son tour à élucider cette malédiction mystérieuse, va faire une découverte bouleversante.
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J’ai ouïe dire, je ne sais plus où, que Le Pacte de l’eau était le roman préféré de Barack Obama. Et si je ne sais trop que faire de cette information, une part de moi s’en réjouit beaucoup. Voilà que je partage, avec l’ancien président des Etats-Unis – que l’on sait grand lecteur – une admiration pleine et entière pour ce texte à la valeur inestimable : ce roman-monde plus épais qu’une brique, portant en son sein toute la beauté, la douleur et l’incandescence de l’univers.
Parce que 1200 pages, ce n’est pas simplement un grand nombre. C’est du temps. Du temps de lecture. Du temps pour ne pas se contenter de « s’attacher » à ses personnages mais pour les faire bel et bien entrer dans sa vie intérieure, dans les images que l'on se fait de la vie, dans son imaginaire mental. C’est du temps à échafauder des plans, envisager les années qui vont suivre, les circonvolutions de la vie. C’est du temps pour regarder le monde être et devenir. Comprendre les caractères, les atouts, les imbrications. C’est aimer la grand-mère, l’éléphant, le fils, le bébé, la petite fille, le cousin avec le même amour plus grand que grand. C’est avoir envie de sauter, pieds et poings liés, dans les eaux remuantes et miroitantes qui baignent le Kerala. C’est frémir de fouler un jour du pied cette terre éclatante.
Lorsque j’étais adolescente, la lectrice que j’étais ne jurait que par les « gros livres », seuls jugés capables de satisfaire mon appétit vorace. Je ne voulais pas d’une histoire à la petite semaine, étendue sur quelques centaines de pages, vite oubliées. Je voulais du long, du lent, du tarabiscoté, de l’histoire dans l’histoire, des intrigues à profusion, de la complexité. Et si je suis revenue aujourd’hui de ce postulat un peu trop systématique, j’avoue concevoir une joie immense à retrouver ce plaisir de l’enfance. M’enfoncer dans les méandres d’une histoire pour en ressortir béate d’admiration, le cœur en fête, la joie bien accrochée.
Le Pacte de l’eau est le roman le plus éblouissant qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps, alors faites comme Obama et moi, prenez une grande inspiration et sautez. Le miracle est tout au fond de la rivière aux reflets scintillants.




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