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  • Photo du rédacteurloudebergh

Le silence après nous, Sarah Masson.


L’amour fraternel et sororal est probablement le plus complexe.

Il est primaire,

initial,

perclus de craintes et de jalousies,

prêt à tout pour perdurer malgré les affres de l’âge et de la géographie.

Il est si nécessaire qu’il frôle la folie,

si magique qu’il n’a rien à envier à ses pairs,

l’amical, l’amoureux, le charnel, le filial,

si dangereux qu’il fait de ses membres une meute magnifique et redoutable.

Aussi, lorsque l’on tombe sur un beau roman, capable de donner à lire cette complexité, il est de bon ton de le souligner. Et lorsque ce texte a le mérite de nous tirer quelques larmes et de loger dans notre poitrine une intranquilité qui peine à s’effacer, c’est qu’il relève de quelque chose d’autrement plus grandiose que les tristes banalités que l’on peut en dire.

*

« Mona a mis des talons pour paraître plus âgée. Antonin s’est rasé le duvet pour qu’il repousse plus dru. Ils prennent un air entendu quand les autres font des blagues salaces. Les garçons hurlent leur fureur de vivre. Les filles tirent sur leurs manches et se tiennent la taille. »


Ils choisissent une route de campagne qui longe la mer, près du Havre. Gabriel, l’aîné, conduit; Mona, sa sœur, est à côté de lui, Antonin, le frère cadet, à l’arrière.

À la radio passe Seven Nation Army des White Stripes. Derrière, il y a d’autres voitures, conduites par des amis. Qui ira le plus vite? Gabriel ne veut pas se faire doubler.


*


Vous l’avez compris: cette histoire est celle d’un accident. Un accident dramatique. Si dramatique qu’il était évitable. Tristement évitable.

C’est aussi celle de reconstructions parallèles.

Comment continuer à vivre après l’inimaginable ? Continuer à aimer ? Se relever, tout simplement ?

Mais c’est surtout celle de trois enfants devenus grands - deux frères, une sœur - que cet évènement a séparés.

Le silence après nous de Sarah Masson est un superbe hymne aux fratries, à leur force, leur amour et leur résilience. Il donne envie d’appeler celles et ceux avec qui, depuis notre plus tendre enfance, nous formons cette meute grandiose, de les prendre dans nos bras et de leur murmurer à l’oreille:

promets-moi,

promets-moi de toujours être là.

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