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  • loudebergh

Miss Islande, Audur Ava Òlafsdòttir.


Parfois, je me demande de quoi est faite la terre d’Islande.

Ce qu’il y a dans le vent qui souffle avec rage sur ses côtes,

et dans l’eau que boivent ses habitants.

Ce qu’il y a dans le café qui coule dans leurs veines et puis dans l’air qu’ils respirent.

Je me demande si la nuit qui envahit la plaine la moitié de l’année

porte en elle des atomes aussi infimes que miraculeux,

capables d'y transformer tout être en poète ?


Je me demande à quoi biberonne-t-on les petits islandais pour qu’à l’âge adulte,

les mots glissent sous leur plume avec la fureur du volcan et la tendresse de l’écume ?


La chair des Islandais est-elle d’une autre nature que la nôtre ?

Chargée de lave refroidie au bouillonnant passé ? D’effluves de diamants issus du fond des âges ?

Sûrement.

De quelque chose de magique en tous les cas.

Je ne vois pas d’autres possibilités.

Trois cent mille âmes. Et presqu’autant d’écrivains.

Cela dépasse l’entendement.


« Il paraît qu’en écrivant, elle entendait un orchestre symphonique. Ou qu’il lui arrivait de réveiller ses enfants en pleine nuit pour les emmener dans ses bras voir depuis la cours de la ferme le ballet des aurores boréales onduler dans le ciel noir. Le reste du temps, elle s’enfermait dans la chambre conjugale, la tête sous la couette. Elle portait en elle tant de mélancolie que, par une claire soirée de printemps, elle a rejoint les profondeurs de la rivière argentée. La perspective de manger bientôt des œufs frais de macareux moine ne lui suffisait plus, car elle avait perdu le sommeil. On l’a retrouvée dans un filet à truites près du pont. La poétesse aux ailes rognées fut ramenée sur la rive, jupe ruisselante, bas troués, le ventre gonflé d’eau. »

Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et prend le car pour Reykjavik. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande.

Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entrainant avec elle Ìsey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas -, et son cher Jòn John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche…

Les Editions Zulma présentent le dernier roman d’Audur Ava Òlafsdòttir comme « un roman féministe et insolent sur ces pionniers qui ne tiennent pas dans les cases. Un texte magnifique sur la liberté, la création et l’accomplissement ».

Il y a de ça, cela va sans dire mais, comme tous les livres de la désormais célèbre autrice Islandaise, Miss Islande est un poème à l’état pur.

Un texte superbe, criant de vérités et de merveilles couchées sur le papier.


Inutile sans doute de le préciser mais je suis une inconditionnelle d’Audur Ava Òlafsdòttir. Elle est une des rares auteurs dont j’ai lu tous les romans. Et avec autant de joie et de délectation qui plus est !

Comme des milliers de lecteurs, je me suis envolée avec Rosa Candida, ai dévoré Le rouge vif de la rhubarbe et été transformée par L’embellie.

A chaque parution, je goûte le plaisir de m’enfoncer dans les pages d’un roman d’une grande finesse, emprunt d’une sensibilité hors-norme, plein de personnages aussi mystérieux que sublimes, évoluant sur une terre dure et magnifique.

Il ne s’y passe pas grand chose, les êtres qui en peuplent les pages – ce sont plus que de simples « personnages » - semblent voguer dans un ailleurs merveilleux, intouchable, mais l’air qui entre et sort de leurs narines déborde de la plus ensorcelante des poésies.


« J’ai tellement envie de continuer chaque jour à inventer le monde, /.../ j’ai envie de passer ma journée à lire quand je ne suis pas en train d’écrire. Blotti sous la couette en duvet de canard, le poète ignore tout du phoque qui se débat dans ma tête, il tend le bras vers moi, je le laisse faire et je cesse de m’accrocher aux mots, demain matin ils auront disparu, j’aurais perdu mes phrases. Chaque nuit, j’en perds quatre. »


Et parce que le regard qu’Òlafsdòttir nous invite à porter sur le monde est un délice de chaque instant,

que chaque phrase de Miss Islande est une réinvention du monde, un songe éveillé et une superbe chimère,

Et parce que la beauté est certainement ce dont nous avons le plus besoin par les temps qui courent,

je vous invite à faire vôtre ce roman,

ainsi que tous les autres oiseaux de liberté nés de la plume de cette écrivaine à la troublante voilure.

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