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  • Photo du rédacteurloudebergh

Nous traverserons des orages, Anne-Laure Bondoux.


Cette histoire est la mienne. 

Et un peu la vôtre aussi. 

C’est la nôtre. 

Qui que nous soyons. 

C’est celle de ma mère et de mon grand-père, celle de votre oncle, et celle de nos grand-mères. 

C’est l’histoire d’un peuple. D’une terre. Et de générations de femmes et d’hommes. 


C’est une histoire qui a laissé derrière elle tant de traces 

qu’elle peut, aujourd’hui, les yeux fermés, dessiner les contours de nos visages. 

C’est celle que le silence a bercé, que les secrets ont alourdi, 

et sur laquelle tant de larmes n’ont pas coulé. 


*


Voici l’histoire que je dois te raconter, Saule.

C’est l’histoire d’une famille, d’une maison et d’un pays. 

Elle commence à la veille d’une guerre planétaire, dans une ferme de hameau qu’on appelle Les Chaumes. Elle s’achèvera un siècle plus tard, au même endroit. Entre ces deux époques, tu verras vivre ici quatre générations d’une famille tourmentée par des secrets et des fantômes. 

Tu verras changer les saisons, les habitudes, les lois et les gouvernements. Tu verras des hommes tomber amoureux, rêver de grandes choses, partir à la guerre, et revenir sans mots et sans gloire.

Seulement des hommes blessés par la violence du monde et qui, incapables d’exprimer ce qu’ils ont au fond d’eux, se taisent et exercent à leur tour la violence, comme enfermés dans une malédiction. Jusqu’à moi. Jusque’à toi. 


*


Il y a entre ces pages plus qu’une passionnante saga familiale où les destins individuels se mêlent à la grande Histoire. Plus qu’une vaine malédiction sans fondement aucun. 

Il y a l’horreur qui nait du silence. De la violence. Et de la rage. 


« Ce soir là, je pleure longuement sur le passé et sur les bocks de Saïd.

Et Cyril a beau me serrer dans ses bras, ce chagrin est le chagrin de trop, il déborde et je me noie dedans.

Je pleure les silences et les secrets qui nous étouffent.

Je pleure les hommes à qui on a dit de ne pas pleurer et qui ont écouté ce conseil imbécile. 

Je pleure les femmes de ces hommes-là. 

Je pleure ma sœur morte sous le tracteur et les enfants qui naissent en essayant de réparer les cœurs brisés de leurs parents. 

Je pleure mon père qui, toute sa vie, a eu honte d’être lui-même.

Je pleure l’amour qu’on gâche en permanence.

Je pleure Kurt Cobain et Ariane qui n’ont pas supporté la douleur de vivre. 

Je pleure sur ce monde qui glorifie les dominateurs jusqu’à en faire des héros alors qu’à l’évidence ils nous entraînent toujours vers le pire ». 


Nul.le ne devrait pouvoir se raconter

sans connaître le poids de ce que ses ancêtres lui lèguent. 

À l’instant où j’écris ce billet, et alors que je referme cet incroyable roman, je prends conscience de l’immensité de la chaîne d’évènements, d’amour, de haine et de silence, qui m’a menée là où je suis. Fille de parents aux cœurs brisés, petite-fille d’hommes et de femmes ravagés par les secrets, arrière-petite fille de milliers de silence. Je ne suis que cela. 

Nous ne sommes que cela. 

Ou beaucoup de cela, du moins.


Nous traverserons des orages, c’est cette exceptionnelle traversée dans le temps. 

Dans le siècle. 

Là où l’on a coutume de dire que Grande Histoire et petite se rejoignent. 

Mais il n’y a pas de petite histoire. Pas plus qu’ils n’y a de petites gens. Il n’y a qu’une infinités - vertigineuse - de vies dont nous sommes les héritiers.ères. 

À nous de lever le voile sur ce qu’elles furent, afin de traverser les orages sans plus faire de mal à nos enfants, avec douceur, tendresse et conscience. 

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