Room on the sea, André Aciman.
- loudebergh
- il y a 7 heures
- 2 min de lecture

Cela faisait des semaines qu’un roman ne m’avait pas autant remuée.
C’est bien simple, je n’ai cessé d’y songer depuis la première page entamée. Je m’attendais à une romance estivale à la simplicité confondante, je me suis retrouvée devant un chef d’œuvre de psychologie, de grâce et de sensibilité.
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Sous la chaleur étouffante de New York, cent personnes attendent d'être sélectionnées comme jurés. Paul lit un journal, Catherine un roman. Entre eux naît une idylle aussi soudaine que passionnée et les deux amants s'évadent très vite dans l'illusion d'une escapade italienne. Mais alors que cette semaine d'été caniculaire touche à sa fin, Paul et Catherine doivent choisir : céder à leurs sentiments ou renoncer au fantasme de ce qui aurait pu être.
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Ce roman m’a immédiatement fait penser au film Before Sunrise de Richard Lintaker, cette histoire sublimissime mettant en scène deux jeunes gens que les hasards d’un voyage en train avaient conduit à se rencontrer. Avant de se quitter pour toujours, ils avaient décidé de passer une nuit ensemble à Vienne, nuit qui restera à jamais gravée dans leur mémoire. Cette histoire magnifique m’avait laissé au cœur un parfum inestimable : celui de l’ici et maintenant, du jamais plus ensuite et du bonheur immense qu’est la rencontre vraie.
Ici, nos tourtereaux ont la soixantaine, une vie déjà bien entamée et une petite semaine devant eux. Mais le charme est le même. Ils parlent – beaucoup, sans cesse –, rient, mangent, boivent des cafés et font l’amour parfois. Ils se contemplent – heureux de sentir à nouveau sur eux ce regard qui leur avait tant manqué, cette considération pour ce qu’ils.elles sont, ce désir d’être en compagnie l’un.e de l’autre.
« We may be lonely, even ordinary, but we’ve been happier and more thrilled to meet than I’ve been in a very long time. It’s been years since I’ve felt as welcome to be who I am or felt as interesting as I have these past fews days. I’ve forgotten what it’s like to be with someone who is eager to laugh with me, to know what I like, what I think, and with whom I’m dying to speak every day. »
Room on the sea exalte l’intelligence et la maîtrise absolue.
J’y ai lu deux âmes comme rarement. Pudiques et désireuses. Portées par l’envie d’être envisagées à nouveau, dans tout ce qu’elles sont. Par elles, j’ai été invitée à me poser de nombreuses questions sur le vieillir à deux, l’art de parvenir à maintenir, malgré les années, une conversation, un regard, un rire. L’art de ne pas laisser le silence s’installer – la tranquillité et l’habitude prendre le pas sur tout le reste.
André Aciman tisse un court récit tout en subtilité,
à même de renverser nos certitudes les plus tenaces.
On y plonge comme dans les tumultes de l’Atlantique,
tête baissée, cœur en vrac,
chérissant l’idée de bras tant aimés entre lesquels séchera notre peau
sur le balcon d’une chambre napolitaine…




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