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  • loudebergh

Un garçon c'est presque rien, Lisa Balavoine.

Dernière mise à jour : 4 oct.


C’est l’histoire d’un garçon qui ne veut pas de la masculinité qu’on lui impose. Celle qui domine, entrave et diminue. Celle qui dicte sa loi, nocive et réductrice.

C’est l’histoire d’un garçon qui ne veut pas être de ceux-là. De ces bêtes rugissantes qui s’ébattent dans les couloirs et les vestiaires du lycées, vagissant, agissant, diminuant.

C’est l’histoire d’un garçon qui refuse qu’une vidéo puisse anéantir la vie d’une fille.


La force des grands romans réside dans la capacité qu’ils ont à nous transformer. Faire que celui que l’on était n’est plus, une fois le livre refermé.

Éparse, le premier roman de Lisa Balavoine, m’avait bouleversée,

transcendée de sa force,

mû,

littéralement.

Et c’est à l’occasion d’un festival de littérature à Genève où Lisa Balavoine, plusieurs dizaines d’auteurices et moi-même présentions nos romans, que j’ai acheté Un garçon c’est presque rien, son premier livre pour les adolescents.

Autant vous dire que je l’ai lu d’une traite – sur toute la durée du salon, entre deux dédicaces et quelques très belles discussions – sous le regard bienveillant de son autrice, qui passait devant moi régulièrement. Et comme d’Éparse avant lui, j’en suis tombée immédiatement amoureuse.


*


« Une chambre d’hôpital.

Blanche, murs, sol et plafond.

Une vitre laisse entrevoir un parking clairsemé.


Service de traumatologie.

Un corps dans un lit.

Aucun mouvement à signaler.

Une fille est assise dans une chaise métallique.

Elle est jolie, mais quelque chose dans son regard

Inquiète.

Une fille est assise et elle attend. Elle attend depuis longtemps.

Le réveil du garçon. »


Qui est Roméo, ce garçon dans le coma ?

Quels sont ses rêves, ses peurs, ses désirs, ses révoltes ?

Et comment en est-il arrivé là ?


*


Alors il y a le sujet bien sûr :

le harcèlement scolaire et la folie des réseaux sociaux,

l’envie d’être différent et les vociférations, prêtes à tout pour la faire taire,

les rages adolescentes et la nocivité d’un système que l’on s’applique à reproduire.

Il y a ces parents qui soudain, deviennent des inconnus, ceux dont la tristesse nous chavire, les silences nous enferment.

Il y a ces amis qui n’en sont pas vraiment et ces amoureux qui ne peuvent se l’avouer. Il y a l’envie de tester et la honte de l’avoir fait, le désir de savoir être au monde et l’incapacité la plus crasse à découvrir comment s’y prendre.


Un garçon c’est presque rien est en prise avec ces réalités. Il les met en lumière avec une acuité, une intelligence et une juste simplicité.

Il m’a touchée à un point que je n’avais pas imaginé parce que oui, me suis-je dit, là est le combat !


Et puis il y a la langue de Lisa Balavoine. Une langue qui vous travaille au cœur, au corps et à l’âme. Une langue instinctive, juste et sensible. Cruelle parfois.

Comme une bête sauvage.

Superbe et affamée.

Dans ses silences : des griffes.

Entre ses phrases : de la vie,

Insupportablement vraie.

J’ai aimé chacun des mots de ce texte, chacun de ses murmures et de ses bruits. Ses retours à la ligne, comme des claques, des étincelles, et ses phrases comme des uppercuts dans le ventre.


Tu seras féministe mon fils pourrait être le credo de cette histoire.

Parce que Roméo est un garçon d’aujourd’hui. Et probablement qu’ils sont nombreux, comme lui, à ne pas vouloir en être. Mais quel courage de l’admettre !

De le crier haut et fort : je ne suis pas de ceux-là, je ne veux pas de votre triste réalité.

Assassine.

Trop capable.

Souvent des pires atrocités.


Un garçon c’est presque rien est un roman urgent, vrai et nécessaire, à mettre entre toutes les mains. Celles de nos ados notamment, pour les aider à devenir les acteurs d’un futur que nous souhaitons meilleur.

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