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  • loudebergh

Errance, Mattia Scarpulla.


C’est avec beaucoup d’a priori que j’ai entamé Errance de Mattia Scarpulla.

Je trouvais la couverture affreuse et terriblement datée,

le résumé trop long et mal fichu,

et les premières pages d’une platitude des plus confondantes.


Je dois avouer que si je n’avais pas reçu ce livre des mains de l’éditeur, dans ma boîte aux lettres un matin, il est des plus probables que je ne l’eusse jamais ouvert. D’ailleurs, il m’a fallu quelques semaines avant de m’atteler à la tâche qui me semblait alors mastodontique.


*


Mais voyez plutôt de quoi il est question :

Stefano est un être apparemment banal. Il vit avec Sophie et leur fille Élisa au Havre. Seul son accent italien le rend repérable.

À la recherche d’un emploi, il reprend des études et devient témoin d’une société qui se désagrège dans une profonde contradiction entre privilèges acquis et absence de certitudes.

Stefano bascule dans un état second, se promène et court, sans but, dans la ville où ses identités passées, fantômes d’une période violente de l’histoire italienne récente, le poursuivent sous forme d’hallucinations.

Les frontières entre réel et fantasmagorie s’estompent et les souvenirs émergent. À Paris, Rebecca et sa riche famille italienne lui enseignent le pouvoir et le mépris des dominés… Le plongeon dans le passé renvoie Stefano à son adolescence turinoise. Il finit par ouvrir les yeux et une vengeance inassouvie se présente, tangible.


*


Je le disais donc : je m’ennuyais.

Aux alentours de la centième page, pourtant, alors que je m’apprêtais à abandonner ma lecture,

Sans que je ne sache trop pourquoi ni comment,

j’ai été cueillie. Saisie.

Quelque chose s’était passée.

Une chose que je n’avais pas vue arriver.

Elle était tapie dans l’ombre de la banalité des premières pages, dissimulée sous leur matérialisme et leur superficialité.


Tout à coup, j’ai senti que le récit basculait. Dans un monde inconnu, autrement plus palpitant. Plus dérangeant, plus inquiétant.

J’étais prise au piège, je ne pouvais plus lâcher Errance. Il fallait que je sache ce qui semblait si terrible. Indicible.


Quelque chose s’inversait. Le passé devenait présent, le futur impossible, l’immobilité mortelle.

Je l’avais compris, il était question de folie,

de douleur et de dégoût.

De pulsion et de persécution.

De silence et de violence.


Je réalisais que Mattia Scarpulla savait écrire.

Mais d’une étonnante manière. Assez inouïe je dois le dire. Je n’étais pas certaine d’aimer cela mais qu’importe. Je le pressentais, il y avait quelque chose d’intéressant, indubitablement, de titillant.

De séduisant.


Et si je reste assez perplexe quant aux cent premières pages du roman – que j’ai trouvées franchement médiocres –,

si j’ai été quelque peu gênée par le personnage de Sophie à la fin du livre, si différent de ce qu’il semblait être auparavant, si stérile,

je reconnais qu’Errance est une belle surprise.

Étonnante, désarmante et assez fascinante.

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