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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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Il fait bleu sous les tombes, Caroline Valentiny.


"Epreuves non corrigées".

Ecrit en diagonale sur la sobre couverture blanche du petit livre reçu ce matin. Provenance : les Editions Albin Michel.


A quel saint faut-il se vouer pour que rien de ce texte ne soit retouché ?

Sur quels genoux faut-il pleurer pour que ces mots demeurent ? Immobiles ? Couchés sur ce papier ? Pour l’éternité ?

Aucun bien sûr, c’est trop tard. Il fait bleu sous les tombes a paru, le 2 janvier 2020,

hier somme toute.


Alors je prie le ciel, la terre et tous les dieux pour que pas une phrase, pas une virgule, n’ait été changée.


Parce qu’il ne m’arrive pas souvent de fondre en larme à la lecture d’un roman.

Que celui-ci m’a prise au cœur, a agrippé mon âme et s’en est repu.

Parce qu’il a eu une résonance toute particulière en moi, intime, charnelle presque.

Qu’il a ravivé ma mémoire, avec douleur et délicatesse,

qu’il m’a émue à n’en savoir quoi dire.

Et parce que les mots que l’ai lu méritent les oraisons les plus tendres.


"Enfant, lorsqu’il était en vie, il se couchait dans l'herbe, le soir, pour observer le ciel. Aujourd’hui, depuis son carré d’herbe étanche à la lumière, il a beau plisser les yeux, il ne peut plus rien voir."

Jusqu’il y a peu, Alexis était vivant. A présent, il ne sait plus. Il perçoit encore la vie alentour, le bruissement des feuilles, le pas des visiteurs, et celui, sautillant, de sa petite sœur qui vient le visiter en cachette. Il se sent plutôt bien, mais que fait-il là ? Il ne sait plus. Ses proches n’y comprennent rien non plus. Quel est le mystère d’Alexis ? Qu’a-t-il voulu cacher à en mourir ?

Ce roman s’est abattu sur mon cœur comme la cadence serrée des gouttes de pluie. Fines, légères.

Froides.

Il m’a fait l’effet d’une chanson, murmurée à mon oreille, chuchotée à mon ombre.

Il avait la lourdeur du marbre et la légèreté de l’éther.

Il a tapoté contre ma poitrine et a ruisselé dans mon sang, battant la chamade.

Il s’est noyé en une danse au-dessus de ma tête,

Et s’est lové dans le berceau de mon enfance.

Il s’est installé dans mes bras,

a imprégné ma peau,

a rebondi dans le cœur de celle que je ne suis pas encore,

et a pris racine,

pour toujours,

à la lisière de mon horizon.


« Où va le monde, quand l’enfant s’est décroché. Un fil balance au bord de l’univers immense, valse entre ses reins. Pauvre valse sans fin. Le cœur gros d’un souvenir sans corps, le ventre lourd d’un désir sans poids. Engrossée par la mort. »


Il fait bleu sous les tombes est une merveille de subtilité, de délicatesse. Dans un clair-obscur magnifique, il m’a fait plonger dans l’âme et le cœur de personnages qui, me semblait-il alors, me ressemblaient tant. Perdus, seuls, incompris, oubliés, désireux d’Etre

ou incapable d’ailleurs.


Il m’a bouleversée et m’a clouée d’admiration.


Car jusque là,

je ne pensais pas que l’on avait le droit

de couvrir la mort

d’une si belle voilure.


« Il ne voulait plus d’air, précisément, ce n’était plus les mêmes règles en vigueur ici, évidemment, et Alexis se demandait quel intérêt il y avait à vouloir prolonger ce qui devait, à l’évidence, se dissoudre. Ce n’était pas, à leur décharge, la faute de ceux qui mettaient les autres dans les cercueils, eux-mêmes n’avaient jamais été morts. Ils ignoraient à quel point on voulait l’herbe humide, sous la chair pourrissante, et qu’elle vous emmène, le corps noyé de terre et le cœur embrassé. »

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