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L'année de la pensée magique, Joan Didion.

  • Photo du rédacteur: loudebergh
    loudebergh
  • il y a 20 heures
  • 2 min de lecture

J’ai été comme aspirée par L’année de la pensée magique, prise au piège de ses eaux troubles, engloutie par sa houle puissante. C’est simple, ce récit m’a fait l’effet d’un vortex, du maelström infernal d’Edgar Allan Poe, d’un puits à l’issue incertaine. 

Prise dans l’étau de sa mécanique implacable, subjuguée par sa langue impeccable, je suis restée sans voix. Pétrie d’admiration. Étonnée aussi. 


*


Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s’apprête à dîner avec son mari, l’écrivain John Gregory Dunne – quand ce dernier s’écroule sur la table de la salle à manger, victime d’une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s’occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d’une grave pneumonie. La souffrance, l’incompréhension, l’incrédulité, la méditation obsessionnelle autour de cet événement si commun et pourtant inconcevable : dans un récit impressionnant de sobriété et d’implacable honnêteté, Didion raconte la folie du deuil et dissèque, entre sécheresse clinique et monologue intérieur, la plus indicible expérience – et sa rédemption par la Littérature. 


*


Comment se fait-il que le récit de la première année si pleine du vide laissé par la mort du mari de la célébrissime journaliste, autrice et intellectuelle américaine Joan Didion m’ait fait si forte impression ? Comment se fait-il qu’un texte si personnel, si plein des détails (pas toujours passionnants) du quotidien d’un couple d’écrivains m’ait tant émue ? Quelle est l’origine de cette admiration née de la lecture de mois de souffrance narrés d’une si froide manière? Et pourquoi ai-je eu tant de difficultés à lire « autre chose » une fois ce livre entamé? 


C’est peut-être l’intelligence de la langue de Joan Didion qui m’a le plus frappée. Sa finesse et son extrême précision dans le récit de ce deuil impossible. J’ai senti dans son écriture quelque chose de monumental, de droit, d’absolument maîtrisé. Quelque chose de l’ordre de la vérité dans son plus simple appareil. Dénué d’artifice, taillé dans le roc de la justesse. 


Et c’est étrange, car plusieurs fois, je me suis surprise à me sentir lassée à la lecture de passages que j’ai trouvés peu dignes d’intérêt : des souvenirs de soirées au restaurant, de sorties mondaines, de maisons achetées ou louées. Mais à chaque fois, une phrase me retenait. Me prenait à la gorge, m’empêchait d’aller regarder ailleurs. Elle me soufflait à l’oreille : regarde, regarde, contemple ces mots sur la page renversés. Admire cette construction, cette architecture du verbe, cette précision de la syntaxe. Et ces sentiments, si magnifiquement mis en mots.  


Car ce sont les souvenirs narrés par Joan Didion des petites choses qui font ce qu’est un couple qui m’ont traversée de par en part : ces cadeau offerts par l’aimé, ces mots, ces phrases à jamais gravées, cette absolue croyance en la vie à deux…pour toujours. 


Avec la rectitude et la sobriété qui la caractérise, et par une sensibilité sublime à l’infime, au quotidien, Joan Didion nous donne à lire les feux de l’amour dans leur plus douce acception : quand la passion a cédé la place à la tendresse, là a confiance, et au besoin absolu de l’autre à chaque instant. Une merveille. 

 
 
 

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Louise DE BERGH, Chardonne. 

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