La forêt barbelée, Gabrielle Filteau-Chiba.
- loudebergh
- 9 déc. 2025
- 2 min de lecture

J’ai lu ce recueil lentement.
Un ou deux poèmes par jour, trois parfois si la peur du manque ou le besoin de réconfort était trop grand. J’ai lu ces textes lentement. Deux, trois, quatre, cinq fois chacun. Toujours à haute voix. J’ai lu ce recueil comme on s’en va prier, le cœur grand ouvert, les racines enfoncées.
J’en ai savouré la moindre ligne. Goutté, senti, aimé. J’y ai lu la douceur et le cri, l’espoir, la rage et la ténacité. J’y ai lu le bonheur, la peur, la douleur – immense. Je l’ai acheté en trois exemplaires, pour les semer plus loin.
*
Pendant huit ans, Gabrielle Filteau-Chiba a vécu au cœur de la forêt québécoise. Seule dans une cabane, elle a dû apprendre à vivre dans ce nouvel environnement. Répartis en quatre saisons, ses poèmes témoignent de cette quête de sens. Ils décrivent son apprentissage des dangers de la nature et son adaptation progressive. Dominée par la beauté de la flore et de ses occupants, sa poésie met en garde contre les menaces qui continuent de planer sur ces territoires sauvages.
*
Impossible de ne pas être envahie par l’amour, la colère, la douceur à la lecture de ces poèmes, de ces odes à la forêt comme cathédrale. J’ai ressenti une joie pure au murmure de ce monde sauvage sur la page renversé. À cet éloge de la contemplation, de la venue en paix, calme et farouche. J’ai senti dans ma peau cette « douceur vertigineuse vissée à l’âme » dont parle Cécile Coulon dans sa préface, car les poèmes de l’autrice québécoise sont une façon de vivre, d’écrire de respirer.
Me voilà depuis, rêvant à ma prochaine marche, à l’élan qui porte, le regard de côté.
Et puis l’envie de ne plus lire que cela : la douceur qui ne s’achète pas. La rage que rien ne monnaie. La justesse, cette ligne de conduite. Et l’amour en toute chose.
L’amoureuse du sauvage que je suis, l'amoureuse celles que l’on nomme bêtes et que notre espèce se plait à exploiter – dieu que cette espèce me fait honte : sa cruauté, sa prédation, sa folie meurtrière – enrage et pleure. Mais heureusement il y a des mots de Gabrielle Filteau-Chiba.
Ils me disent : tu n’es pas seule.
Comme moi, va
va courir avec les loups,
remplir les torrents,
allaiter tes enfants
et rugir dans le vent.





Commentaires