La Petite Bonne, Bérénice Pichat.
- loudebergh
- il y a 19 heures
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Il est des romans comme des musiques. Capables de vous traverser le cœur, de transpercer votre âme et de faire danser vos sens.
Il est des romans que l’on lit en apnée. Terrassé.e. Sidéré.e. Ahuri.e.
Tant de grâce, tant de justesse.
Et ce rythme!
Car là est peut-être la source de l’immensité du roman que constitue La Petite Bonne de Bérénice Pichat : un rythme hors du commun. Une scansion comme un pas, martelé, court, haletant. Et un désir chevillé au corps de toujours avancer.
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Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?
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Raconter les répercussions intimes de la Grande Guerre dans la France des années 1930, c’est la mission que s’est donnée Bérénice Pichat, professeur des école et passionnée d’Histoire. Grâce à une alchimie parfaite entre prose et vers libres, elle tisse un huis clos bouleversant entre deux êtres que tout oppose hormis le poids du destin, et où la tension happe dans un crescendo envoûtant.
Il y a de la magie dans ce roman. Une lumière insensée qui trouve un chemin dans la pièce baignée de nuit dans laquelle l’homme gît plus qu’il ne vit. Cette lumière, c’est cette petite bonne, forte et tenace, cette jeune fille que le destin a oublié d’épargner, celle que l’on ne nomme pas. Elle est la bonne, la bonniche, la femme de ménage. Elle ressemble à tant d’autres après tout.
Mais entre ses mains : la jeunesse, l’ingéniosité, la douceur. Et la capacité de plonger ses yeux dans ceux de celui dont on évite le regard habituellement, lui rendant un morceau de son humanité perdue.
Dans son sillage, le bruit et le fracas. La vie retrouvée, la candeur et la joie. Les voilà tangibles entre les pages de cette Petite Bonne. Présentes, ici et là. Dans nos cœurs aussi. Parce que l’on ne peut s’empêcher de sentir dans notre chair ce que ce trio traverse : la rage et le désespoir, la souffrance, l’abandon, l’envie de continuer toujours, de rêver parfois, d’avancer, coûte que coûte. Parce qu’il ne suffit parfois que d’une mélodie. D’un requiem, d’un concerto, pour que les voix s’élèvent, que les murs s’éloignent, que le désir surgisse.
C’est grandiose et heurté. Sublimissime de grâce et de simplicité. Ce sont trois êtres à qui l’on a demandé l’impossible. Trois êtres qui ont laissé sur la vie une empreinte indélébile.





Chère Louise, c’est toujours un grand plaisir de te lire ! Nous n’avons pas souvent les mêmes lectures mais tu donnes tellement envie que je finirai par lire les livres que tu conseilles ! J’ai lu aussi celui-ci et je partage ton enthousiasme, et c’est presque un euphémisme à te lire !
Je sais que ta pile de lecture doit approcher le plafond, mais je me permets de te conseiller ses livres précédents, qu’on ne trouve que chez l’éditeur, dans le Queyras. Une histoire du Qeyras et de ses habitants, en 3 tomes, passionnante !
Sinon j’espère que tout va bien pour toi.
À bientôt
Grégoire