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  • loudebergh

La saison des ouragans, Fernanda Melchor.


Un ami – grand amateur de jeux vidéo plutôt violents – m’expliquait qu’après la naissance de son fils, il lui avait été impossible de se remettre à tirer à bout portant sur des ennemis - aussi virtuels soient-ils - et de tuer des anonymes, bien que tout de pixels vêtus.

Cela m’avait amusée bien sûr, mais je n’avais pas vraiment saisi la portée de ses paroles.


Il y a quelques jours pourtant, en entamant La saison des ouragans de Fernanda Melchor, elles me sont revenues de plein fouet, battant mon visage de la force de leur vérité : j’avais sous les yeux quelques 300 pages de fureur et de tempêtes et ce concentré de violence était devenu insupportable à la jeune mère que j’étais désormais.


« …puis elle s’est réveillée toute nue sous une blouse de toile grossière, attachée à la tête de lit à l’aide de bandes de tissu qui lui brûlaient la peau des poignets ; autour d’elle les autres femmes bavardaient et puis il y avait cette puanteur, rance et laiteuse, de la transpiration des bébés braillant dans la chaleur de la salle et qui lui donnaient envie de quitter cet endroit en courant, de déchirer ses bandages et de fuir l’hôpital, à tout prix, fuir son propre corps meurtri, fuir cette masse de chair boursouflée et gorgée de sang, de terreur et d’urine qui la maintenait clouée à ce maudit lit. »


Cela faisait en fait des mois que ce roman figurait sur le dessus de ma délicieusement haute pile de livres à lire. Il avait été évoqué dans un blog littéraire que je consulte régulièrement et la magnifique photo qui en ornait la couverture m’avait immédiatement attirée.

Dans le canal d’irrigation, aux abords du village de la Matosa, un groupe d’enfants découvre le corps sans vie de la sorcière. Les hommes avaient l’habitude de se rendre chez elle pour trouver du plaisir et les femmes pour y chercher leur liberté, la Sorcière était à la fois amante, conseillère, parfois guérisseuse. Dans cette Chronique d’une mort annoncée, nous remontons le fil des évènements pour faire connaissance avec les trois coupables présumés : Luismi, dont la petite amie avait été admise à l’hôpital en raison d’importants saignements après sa visite chez la Sorcière ; Munra qui était au volant du camion ayant transporté le cadavre le jour du meurtre ; et Brando, dont la misogynie et l’homophobie obsessionnelles semblent n’avoir aucune limite. Autant de perspectives qui racontent la misère, la drogue et la violence, en ce mois de mai où l’étouffante chaleur annonce une saison des ouragans féroces…

Bien que très heureuse de commencer enfin la lecture de ce qui était pour le New York Times le « roman mexicain de l’année », j’avais, dès les premières pages, été stoppée dans mon élan : toute cette violence en quelques lignes seulement !, ces phrases débordant de sexe glauque et anxiogène, ce déchainement d’agressivité qui me semblait gratuit …

Il m’avait fallu reprendre mon souffle. Me détacher de ces sombres pages, digérer ces mots atroces et ces phrases interminables.


Alors seulement, j’avais repris ma lecture, certaine qu’autre chose se cachait sous cet amoncellement de crasse, sous cette débauche de haine et de sévices.


Et grand bien m’en a pris car j’ai cette fois, été emportée,

Dans le courant de ces phrases démesurées,

Dans le flot de cette parole suintante de tristesse, de hargne et de colère,

Dans les vagues de cette folie meurtrière.


J’avais entre les mains un roman d’une brutalité sans nom et d’une force inqualifiable.

Pur et sans concession.

Un roman qui dressait un incroyable portrait du Mexique contemporain, désabusé, empli de démons et ravagé par la drogue.


Un roman qui prenait aux tripes et foutait la gerbe,

enivrant et malsain.


Un roman sans soleil,

moite et sauvage.

Désespérément fascinant.


« …alors elle n’avait pas d’autre choix que de lui en coller une, mais tais-toi, sale morveux, puis elle le pinçait où elle pouvait et quand elle sentait la chair de l’enfant se fendiller sous ses ongles, elle éprouvait un plaisir inouï, un plaisir qui ressemblait beaucoup au soulagement qu’elle sentait lorsqu’elle grattait une piqûre de moustique jusqu’au sang. »

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Louise DE BERGH, Saint Saphorin. 

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